Ils ont ignoré la douleur… jusqu’à ce qu’elle les rattrape

 

En novembre 1992, la colonie pénitentia pour femmes à régime strict IK8 septantria, situé dans une région glaciale du nord ressemblait à un véritable enfer sous le commandement du commandant François Pierre Girot. À 46 ans, ancien officier de la brigade criminelle, c’était un homme aux épaules massives, au regard lourds et à la voix si dure que les détenus baissaient les yeux dès qu’il parlaient.

 Depuis cinq ans, il dirigeait cette prison comme s’il s’agissait de son territoire personnel. Les plaintes disparaissaient et celles qui osaiit écrire finissait 15 jours au mitard. À ses côtés se tenait une petite équipe, trois hommes que les prisonnières surnommaient entre elles, les loups.

 Le premier était le capitaine Olivier Nicolas Baron, officier politique, 39 ans. Un homme corpulent, toujours en sueur aux yeux rougis. Il aimait voir sa victime pleurer et supplier. Il obligeait les femmes à le regarder dans les yeux et murmurait : “Pleure plus joliment, j’aime ça.” Le second lieutenant chef Damien Serge Caron adjoint au régime intérieur, 41 ans, silencieux, mince, avec des doigts froids comme le métal.

 Il préférait frapper avec précision, surtout dans les reins, sans laisser de marques visibles. La troisième était la médecin lieutenant colonel Tamara Kovalef, responsable médical. Maigre, lèvres fines, elle enregistrait tout sur une vieille caméra puis réglait les problèmes pour qu’aucune conséquence ne remonte jusqu’à l’administration.

En novembre 1992, un nouveau convoi arriva. Parmi les trois nouvelles détenues, il y avait deux sœurs, les sœurs Volkov, dont les noms furent plus tard francisés dans les registres internes, sous les formes Anne Volkov et Catherine Volkov. La plus jeune, Anne, appelée Annie, avait 25 ans. Chirurgienne de formation, diplômée d’un institut médical, elle travaillait autrefois en traumatologie.

 Elle avait été piégée. Son ancien compagnon avait glissé de la drogue parmi ses affaires avant de la dénoncer pour vol. Elle était calme, instruite, aux doigts fins et au regard posés. Mais derrière cette apparence fragile se cachait de l’acier. L’aînée Catherine dit Cathy avait 28 ans. Plus dure, sportive, épaule larges, cheveux courts.

 Elle purgeait une peine pour avoir tué son beau-père dans un accès de rage après qu’il se soit une fois de trop approché de sa petite sœur. Leur père, ancien parachutiste, lui avait appris dès l’enfance à se battre au corps à corps, à manier une lâ frapper avec précision. Quand Girot les vit pour la première fois lors de l’alignement, il les remarqua immédiatement et glissa quelques mots à Baron et Caron.

 5 jours plus tard, on retrouva trois corps d’hommes nus étendus sur le carrelage froid au milieu de flaques épaises de sang. Damien Caron gisait le plus près de la porte. Son coup avait été ouvert d’un seul coup précis, porté juste sous la gorge. Olivier Barron était allongé sur le dos au centre de la pièce, la bouche ouverte, la poitrine transperçait d’un coup de couteau net passé sous les côtes, droit vers le cœur.

 François Pierre Girot était étendu face contre terre, près d’une table. La gorge tranchait d’une oreille à l’autre. à côté de lui reposait son propre pistolet Makarov avec une douille tirée retrouvée dans le mur. La version officielle diffusée deux jours plus tard par la hiérarchie fut simple. Rixal alcoolisé entre collègues.

 Mais la vérité était tout autre. Les lourdes portes métalliques avaient claqué à 4h30 du matin. Un sergent d’escorte hurla dans un mégaphone. Dehors. Formation par groupe de cinq. Les mains hors des poches, les yeux devant. Les 23 femmes sortirent de la cage de transfert pour entrer dans la cour grise. Certaines portaient de vieilles tenues de prison, d’autres n’avaient qu’un pull léger d’été. L’une d’elles était même pied nu.

Alors que le froid de novembre mordait déjà la peau. Les surveillantes comptaient les têtes, frappant du bâton dans le dos de celle qui se courbaient. Girot se tenait sur le perron du bâtiment administratif, les mains dans les poches de sa veste. À côté de lui, Baron essoufflé après une simple marche depuis la voiture.

 Un peu plus loin, Caron fumait en observant les nouvelles avec des yeux plissés. “Laquelle vaut le détour ?” demanda Girot à voix basse. Une jeune détenue, maigre de 20 ans que tout le monde appelait la souris baissa aussitôt les yeux. “Les deux sœurs, murmura-t-elle. La plus jeune, médecin, ans, dossier 159 et tout le monde dit qu’elle a été piégée.

L’aîné, 28 ans, solide, article 105, homicide en état de choc. Pas de tatouage mais elle se tient droite. Girot tourna légèrement la tête. La médecin ? Oui, Anne Volkov. Et l’autre ? Catherine Cathy. Baron e un petit rire gras en se frottant les mains. Les deux d’un coup pratique. Caron souffla la fumée par le nez.

 Commencé par la plus jeune, délicate, intelligente, le genre qui pleure joliment. Girot hocha une seule fois la tête. D’accord. Que la docteur travaille d’abord, l’aîné attendra. Puis il se tourna vers la souris. Tante Lucy est aujourd’hui aux cuisine. Oui, mon commandant. dis-lui de rentrer chez elle, ses enfants sont malades.

 La souris avala difficilement sa salive. Elle a dit hier qu’elle devait nourrir ses enfants. Girot la fixa d’un regard si froid qu’elle baissa immédiatement la tête plus bas. Transmets-lui ceci. Si elle veut garder son travail et éviter que ses enfants finissent ailleurs, elle part tout de suite. Sinon, qu’elle discute mais qu’elle ne revienne pas avant 2 jours.

Compris ? Compris. La souris se retourna et courut vers le bloc des cuisines. 10 minutes plus tard, tant Lucy franchissait le portail, serrant son sac contre sa poitrine. Personne ne l’accompagna. Seule la surveillante Zina lança d’une voix sèche. Ne tarde pas, Lucy, ta place ne t’attendra pas. Lucy ne répondit pas.

 Elle accéléra simplement le pas. Girot descendit ensuite du perron, s’approcha du rang des nouvelles détenues et s’arrêta juste devant Anne. Elle se tenait droite. Elle ne baissait pas les yeux, mais ne provoquait pas non plus. Volkov, Anne ? Oui, médecin, oui, les mains propres. Anne leva à peine les sourcils. Pour l’instant, Girot esquissa un sourire du coin des lèvres.

 Bien, tu vas aux cuisines. La plongeuse est absente aujourd’hui. Tu aideras jusqu’à l’extinction des feux. Laver, couper, distribuer, tout ce qu’on te dira. Anne resta silencieuse une seconde, puis elle demanda : “Et si je refuse ?” Baron fit un pas vers elle. Sa voix devint grâce, presque douce. “Si tu refuses, tu pars au mitard.

 15 jours et ensuite on te trouvera un autre travail.” Bien pire. Anne tourna la tête vers sa sœur. Catherine se tenait trois rangs plus loin. Son regard était ferme, calme. Leurs yeux se croisèrent une seconde. Catherine fit un léger signe du menton. Vas-y. Anne se retourna vers Giro. Giraz. Elle sortit du rang. La surveillante Zina lui donna alors un coup de matraque sur l’épaule.

 Pas assez fort pour la faire tomber, mais assez fort pour qu’elle le sente. Plus vite, docteur. La vaisselle ne se lavera pas toute seule. Gra la suivit du regard puis se tourna vers Baron. Ce soir, on ira vérifier à quel point elle s’est vraiment nettoyée. Baron esquissa un sourire épais. J’en salive déjà.

 Caron termina sa cigarette, jeta le még sous ses bottes et demanda d’un ton plat. Et l’înéné ? Qu’elle regarde d’abord sa petite sœur travailler ? Répondit Girot. Demain, ce sera son tour. Et après-demain, les deux ensemble. Ça fait longtemps qu’on n’a pas eu une soirée de famille. Ils rient à voix basse, presque comme des frères partageant une vieille habitude.

Catherine restait dans le rang. Elle entendit chaque mot. Son visage ne bougea pas. Seuls les doigts de sa main droite se contractèrent légèrement comme un vieux réflexe inscrit dans la chair. Son père lui avait appris autrefois : “Le pouce le long de la lame”, l’index ferme sur la poignée.

 Même sans couteau, ses muscles se souvenaient encore du geste. On la conduisit au bâtiment 7, une couchette du bas dans un coin. À peine assise, une vieille détenue vint s’installer près d’elle. C’était la surveillante officieuse du dortoir, une femme de ans marquée par trois condamnations. Nouvelle ? Oui.

 Ta sœur est avec toi ? Oui. La vieille poussa un soupire. Ils ont déjà emmené la plus jeune aux cuisines. Catherine hocha la tête. La vieille baissa encore la voix. Alors cette nuit, ils viendront tous les trois. Ne résiste pas tout de suite, ce sera pire. Ils peuvent ajouter du temps, t’envoyer au trou. Elle passa le tranchant de sa main sur sa gorge. Ici, tout est possible.

Catherine planta ses yeux dans les siens. Et si on résiste, la vieille eut un rctus à mère. Alors, il te brise autrement ou il te tue et ils écrivent ensuite que tu t’es fait ça toute seule. Catherine resta silencieuse un long moment, puis elle murmura. J’ai ma sœur. Je sais, répondit la vieille.

 C’est justement pour ça que je te dis de tenir pour l’instant. Catherine détourna le regard vers le mur. Pendant ce temps, Anne entra dans le bloc des cuisines en début de soirée. La détenue de service Claudine lui fourra un tablier et une paire de gants en caoutchou dans les mains. Tu laves tout ce qu’il y a dans l’évier, ensuite les marmites, puis tu passes le sol.

 À 23h, tu dégages. Compris ? Compris ? enfila le tablier. L’eau était glaciale. Le savon sentait fortement le chlore. Elle lavait les assiettes de façon mécanique en essayant de ne penser à rien. Ses mains tremblèrent seulement les 10 premières minutes. Puis elles devinrent ferme, presque rigide. À 21h, les derniers cuisiniers quittèrent les lieux.

 Claudine ferma la partie distribution et repartit vers le dortoir. Anne resta seule. La seule lumière encore allumée venait d’une petite ampoule jaonâtre suspendue au-dessus de l’évier sans abat jour. À 23h30, la porte du réfectoire grinça. Trois hommes entrèrent. Girot en premier, Baron derrière lui, Caron en dernier.

 Ils portaient encore leur vestes d’uniforme mais sans un signe. Girot referma la porte à clé. Deux tours complets. Caron s’approcha de l’interrupteur et l’actionna. La pièce plongea presque dans le noir. Il ne resta plus que la lumière jaune au-dessus de l’évier. Anne se tenait devant la bassine, les mains encore humides couvertes de mousse.

 Girot sourit lentement. Docteur, tu as bien travaillé. Maintenant, tu vas te reposer. Anne ne se retourna pas. Je termine encore les marmites. Baron lâchare gras. Les marmites peuvent attendre. Viens ici. Anne coupa l’eau, retira ses gants et les posa sur le bord de l’évier. Puis elle se retourna. Qu’est-ce que vous voulez ? Gir s’avança d’un pas. Qu’on a pas à te le répéter.

Déshabille-toi. Anne le regarda droit dans les yeux. Non. Aussitôt, Caron s’approcha derrière elle et lui saisit les coudes, pas violemment, mais avec une force qui ne laissait aucune issue. Baron ouvrit lentement le premier bouton de sa tenue. Ne te débats pas, docteur, on n’aime pas quand ça lutte.

 Anne tenta un mouvement brusque. Une seule fois, Caron lui tordit immédiatement le bras dans le dos. Une douleur sèche traversa son épaule. Girot lui attrapa le menton. Sa voix descendit plus bas, plus froide. Écoute-moi bien. Ta sœur est au bâtiment 7. Catherine, c’est ça ? Belle, forte. Si tu cries maintenant ou si tu essayes encore de te défendre, demain, c’est elle qu’on amène ici à ta place et ensuite on rallonge sa peine.

 10 en de plus s’il le faut. Tu veux ça ? Anne déglit difficilement. Quand elle répondit, sa voix était devenue rque. Non. Alors, enlève ta tenue toi-même. Elle leva lentement les mains. Sa tenue glissa au sol. Il ne lui resta que son débardeur et ses sous-vêtements. Baron passa la paume sur son épaule comme s’il inspectait un objet.

 Peau propre, pas encore marqué. Anne resta immobile, le visage vide mais les yeux ouverts. Girot fit un signe de tête à Caron en direction de la table métallique de découpe. Caron la poussa vers l’avant. Anne posa ses paumes sur le bord froid de la table. Le métal mordit sa peau. Girot lui saisit les cheveux et la força à se pencher.

 Sa joue toucha l’acier glacé. Il se pencha près de son oreille et murmura : “Ne pleure pas tout de suite. Je préfère quand les larmes viennent après.” Anne serra les dents. Son souffle se brisa mais aucun cri ne sortit. Le temps semblavenir lourd, sale, interminable. La lumière jaune tremblait au-dessus d’eux comme si même l’ampoule hésitait à rester allumée.

Quand Girot recula enfin, il rajusta simplement sa ceinture comme s’il venait d’achever une tâche banale. Au suivant, Baron s’approcha. Il la retourna avec brutalité, la força à lever le visage. Il voulait qu’elle le regarde toujours. Pleure, docteur, tu es plus belle quand tu pleures. Mais Anne ne parla pas.

 Les larmes coulaient silencieusement le long de ses tempes. Sa gorge restait fermée. Sa voix semblait s’être enfuie très loin d’elle. Le silence qu’elle gardait n’était pas une soumission, c’était autre chose. Quelque chose de plus sombre, quelque chose qui survivait encore. Et dans ce silence, quelque part au fond d’elle, quelque chose commençait déjà à se souvenir, à calculer, à attendre.

Bravo, tu ne mors pas. Caron fut le dernier. Il ne dit pas un mot. Il la retourna simplement d’eau contre lui, la força à se pencher au-dessus de la table métallique puis la metteint fermement. Ses mains s’enfonçaient dans sa peau. Ses doigts marquaient ses hanches avec une lenteur calculée, comme s’il voulait faire durer chaque seconde davantage que les autres.

Anne s’agrippa au bord de la table jusqu’à s’en faire mal aux ongles. Le métal grinçait légèrement sous la tension de son corps. Quand il eut fini, il la relâcha enfin. Anne glissa lentement jusqu’au sol et s’assit, les genoux ramenés contre sa poitrine. Girot s’accroupit devant elle, les coudes posés sur ses cuisses comme s’il parlait à une enfant.

 Souviens-toi bien de ça, ce n’est que le début. Demain, ce sera ta sœur. Anne releva à peine les yeux. Sa respiration était courte. Girot poursuivit d’un ton glacial. Et si tu lui racontes un seul mot, un seul, nous le saurons. Et demain, elle paiera pour vous deux. Anne hocha la tête. J’ai compris. Baron lui jeta alors une serpillère humide au visage.

 Nettoie tout, le sol, la table, tout. et fait en sorte que ça brille. Puis ils sortirent, la porte se referm. La clé tourna de l’extérieur dans un bruit sec. Anne resta assise sur le carrelage pendant presque 2 minutes, immobile, comme si son corps avait oublié comment se relever. Puis elle se força à bouger. Elle prit la serpillère, elle lava la table, puis le sol, puis ses mains jusqu’au coudes, encore et encore, jusqu’à ce que sa peau devienne rouge.

Ensuite, elle remit sa tenue, reboutonna chaque bouton jusqu’au colit. Le couloir était vide, seulement des ampoules espacaient tous les dix mètres, une lumière sale, presque malade. Elle marcha jusqu’au bâtiment 7. La porte était entrouverte. La souris se tenait au poste. Elle murmura : “Tout va bien.

” Mais Anne passa devant elle sans répondre. À l’intérieur du dortoir, il faisait presque noir. Les femmes dormaient ou faisaient semblant. Anne s’approcha de la couchette de Catherine et s’assit au bord. Catherine ne dormait pas. Ses yeux étaient ouverts dans l’ombre. “Qu’est-ce qu’ils t’ont fait ?” demanda-telle à voix basse. Anne avala difficilement sa salive, puis elle parla. Sa voix était presque absente.

Ils sont venus à trois. Ils ont fermé la porte. Ils m’ont forcé sur la table un par un. Girau d’abord, ensuite le gros, celui qui voulait me voir pleurer, puis le silencieux derrière. Elle s’arrêta une seconde puis ajouta. Ils ont dit que demain ce serait toi. Puis après, nous deux ensemble. Catherine posa alors sa main sur le genou de sa sœur.

 Son visage ne bougeait pas. Ils t’ont frappé ? Anne secoua légèrement la tête. Seulement assez pour que ça ne se voit pas. Catherine aucha lentement la tête. Ils t’ont menacé avec moi ? Oui, ils ont dit que si je parlais, il t’ajouterai du temps ou pire. Un silence lourd s’installa. Puis Catherine murmura. Il pense qu’on va se briser. Anne leva les yeux vers elle.

 Je ne me suis pas brisé. J’ai juste gardé le silence. Pour la première fois, quelque chose d’infime passa dans le regard de Catherine. C’est bien. Anne baissa la tête. Caty, j’ai peur. Catherine serra sa main plus fort. N’ai pas peur. Demain, ils viendront pour moi. Anne releva brusquement les yeux. Prête à quoi ? Catherine répondit avec un calme presque terrifiant.

A terminé ça ? Puis elle s’allongea sur le dos. Anne s’allongea à côté d’elle sur la même couchette. Il y avait juste assez de place. Dans le noir, Anne murmura. Comment ? Catherine ferma les yeux. Sa voix devint plus basse encore comme papa me l’a appris. Précis à la gorge ou sous les côtes sans laisser le temps de crier.

 Anne hocha doucement la tête dans l’obscurité. Je t’aiderai. Catherine tourna légèrement le visage vers elle. Je sais. Elle se ture. Dans le dortoir, quelqu’un ronflait. Plus loin, une autre femme tous dans son sommeil. Anne ne pleurait plus. Elle restait allongée, les yeux fixés sur le plafond invisible. Catherine, elle comptait déjà les secondes jusqu’au matin.

 Le lendemain commença comme tous les autres. Alignement, cour grise, froid mordant. Girot sortit sur le perron du bâtiment administratif, alluma une cigarette et balaya la cour du regard. Baron se tenait à côté de lui, frottant sa nuque épaisse. Le cognac de la veille lui collait encore au visage. Girot expira lentement la fumée.

 Il est temps pour l’îné qu’elle comprenne que sa petite sœur n’est pas seule. Baron acquiessa avec un sourire répugnant. Girot se tourna ensuite vers la détenue de service. Tante Valérie fait le ménage au quartier administratif aujourd’hui ? Oui, commandant. Il fit signe à Zina. Dis-lui qu’il y a des affaires familiales urgentes, qu’elle rentre chez elle pour deux jours et qu’elle n’essaie pas de discuter. Zina eut un petit rire.

Hier encore, elle se plaignait qu’elle ne pouvait pas perdre ce travail. Sa retraite est trop petite. Le regard de Girot se refroidit immédiatement. Alors transmets-lui ceci. Si elle veut éviter que son mari se retrouve expulsé du logement par un simple papier administratif, qu’elle arrête de se plaindre et qu’elle parte.

 Tout de suite, Zina tourna les talons et disparut vers le local d’entretien. 5 minutes plus tard, tante Valérie sortait déjà du portail, son sac en bandoulière, les yeux rouges. Personne ne lui demanda où elle allait. Seule la souris murmura sur son passage. Tenez bon tant de Valérie. Mais elle ne répondit pas.

 Elle accéléra seulement le pas. Girot se tourna ensuite vers Caron. Va chercher l’aîné, Volkov, Catherine, aux cuisines jusqu’à l’extinction des feux. Caron acquessa etit vers le bâtiment 7. Quand il entra, Catherine se tenait près de la fenêtre. Elle le vit tout de suite. Volkov ? Oui. Au cuisine. Il manque quelqu’un à la plonge.

 Tu vas aider ta sœur. Catherine le regarda droit dans les yeux. Et si je refuse ? Caron s’approcha d’un pas. Sa voix tomba plus bas. Alors ta petite sœur risque de ne pas sortir de l’infirmerie ce soir. Tu as compris ? Catherine resta silencieuse une seconde puis hoa la tête. J’y vais. Elle sortit derrière lui. Dans le couloir, elle croisa Anne qui portait une pile d’assiette propre depuis le réfectoire.

Leur regard se croisèrent. Anne secoua légèrement la tête, presque imperceptiblement. Ne le fais pas. Mais Catherine lui répondit seulement par les yeux. Je dois le faire. Dans le bloc des cuisines, Anne lavait déjà les marmites quand elle vit sa sœur entrer. Elle se figea une fraction de secondes.

 Catherine s’approcha, prit un chiffon et commença à travailler comme si de rien n’était. Ne dis rien, travaille. Elle l’avertrent en silence. Le bruit de l’eau couvrait presque tout. Ce n’est qu’après le départ des derniers cuisiniers vers 18h30, murmura enfin : “Ils viendront à 23h30. Ce sera pareil. Catherine hacha la tête. Je sais, je suis prête.

 Anne la regarda fixement. Ne résiste pas tout de suite. Il frappe quand on bouge. Catherine essuya lentement ses mains. Puis elle répondit : “Je ne vais pas bouger. Je vais regarder.” Anne déglit. Souviens-toi de tout. Catherine répondit d’une voix calme. Je m’en souviens déjà. À 23h30, la porte grinça de nouveau. Les mêmes trois hommes entrèrent.

 Girot referma la porte à clé. Caron éteignit le plafonnier. Il ne resta encore une fois que la petite ampoule jaune au-dessus de l’évier. Girot posa alors ses yeux sur Catherine et cette fois quelque chose dans son sourire était encore plus mauvais. Alors la sportive, alors ta petite sœur t’a déjà tout raconté ? Catherine se tenait près de l’évier, les bras le long du corps. Oui, elle m’a raconté.

 Baron eut un petit ricanement. Et alors, tu as eu peur ? Catherine répondit d’une voix parfaitement stable. Non. Girot esquissa un sourire lent. Parfait. Ce sera plus intéressant. Déshabille-toi. Catherine retira lentement sa tenue. Il ne resta que son débardeur et ses sous-vêtements. Caron lui attrapa le poignet et la tira vers la table métallique.

 Sur la table, face contre, Catherine se coucha d’elle-même sans résister. Girot s’approcha le premier, détacha sa ceinture. “Regarde bien ta sœur”, lança-t-il en direction d’Anne, “Qelle voit ce qu’il attend après-demain.” Anne se tenait contre le mur, immobile, le dos collé à la surface froide. Girot s’approcha et la força à se pencher davantage.

 Catherine expira simplement par le nez sans un cri. Girot bougeait avec brutalité, la tenant par les cheveux. “Tu ne dis rien !” murmura-t-il. “Ça te plaît ? Catherine répondit entre ses dents serrées. Non. Il la frappa de la paume. Tu vas aimer. Il termina rapidement et recula. À toi le gros. Baron s’approcha, la retourna sur le dos et força ses jambes à s’écarter. Pleur sportive.

 J’aime quand les fortes pleurent. Mais Catherine fixait simplement le plafond. Aucune larme ne venait. Baron continua lentement, prenant son temps, savourant chaque instant. Catherine serrait les points derrière elle. enregistrant tout. La respiration, l’odeur de l’eau de cologne, la pression des doigts sur ses hanches, chaque détail.

 Quand il eût fini, il la repoussa légèrement. Pas mal, elle ne mort pas. Caron fut le dernier, toujours silencieux. Il la redressa puis la força à se pencher à nouveau. Ses mains pressaient le bas de son dos de tout son poids. Catherine s’agrippa au bord de la table. Le métal grinçait. Elle comptait dans sa tête. Un deux.

Elle mémorisait tout, l’angle, la force, le rythme. Quand Caron termina, il se retira sans un mot. Girot s’accroupit devant elle. Demain, vous serez toutes les deux et si tu dis un mot à ta sœur, on le saura et elle criera encore plus fort. Compris ? Catherine releva la tête. Compris.

 Baron jeta une serpillère au sol. Nettoie et que ça brille. Ils sortirent. La porte se referma. Catherine se releva, remit sa tenue, prit la serpillère, nettoya la table, puis le sol, puis ses mains. Anne se tenait à côté d’elle, immobile. Caty ! Catherine se tourna vers elle. On y va. Elle quittèrent les cuisines vers 2h30 du matin.

 Le dortoir était silencieux. Anne s’assit la première sur la couchette. Catherine s’installa à côté. “La même chose”, murmura Anne. Catherine hocha la tête. Oui, Girot d’abord, ensuite le gros, puis le silencieux. Ils t’ont menacé avec moi aussi ? Anne serra sa main. Tu es restée silencieuse ? Oui, je mémorisais. Anne la regarda droit dans les yeux.

 Et maintenant, Catherine répondit calmement. Maintenant, ils viendront pour nous deux et cette fois, on les attendra. Anne aucha la tête. Il pense qu’on va se briser. Un léger sourire froid et presque invisible passa sur les lèvres de Catherine. Il se trompe. Elle s’allongea. Anne s’allongea à côté d’elle. Elle restèrent silencieuse.

Catherine comptait dans sa tête. Les mouvements, les respirations, les odeurs, les mots, tous alignés dans sa mémoire comme des balles dans un chargeur. Le matin approché, le matin du troisième jour, Giro commença par un appel téléphonique au bâtiment 7. La souris décrocha les deux Volkov aux cuisines.

 Nettoyage de nuit après l’extinction des feux. Pas de retard. La souris raccrocha la main tremblante et s’approcha. Catherine était déjà assise. Anne était encore allongée fixant le plafond. On vous appelle toutes les deux. Nettoyage de nuit aux cuisine. Catherine regarda sa sœur. Alors, c’est pour aujourd’hui. Anne se redressa. Sa voix était basse.

Je suis prête. Catherine hacha la tête. Souviens-toi. Quand il se relâche, on agit. Les couteaux seront sur la table. Hier, j’en ai caché deux sous les chiffons. Anne serra les lèvres. Je prendrai le second. sous les côtes, un peu à gauche, le cœur. Catherine posa brièvement sa main à l’arrière de sa tête.

 Court, précis, fort, bien, ne te presse pas. Laisse-les d’abord commencer. Qu’ils se sentent encore maître de cet endroit. La journée s’écoula dans son rythme habituel. Distribution des repas, vaisselles, regard silencieux des autres détenus. Personne ne posait de questions. Tout le monde savait déjà que les deux sœurs avaient été convoquées ensemble.

 Dans le dortoir, les chuchottements ne commencèrent qu’après l’extinction des feux. À 23 heures, la lumière s’éteignit. Les sœurs sortir dans le couloir. La souris se tenait devant la porte du bloc des cuisines. La clé déjà à la main. Ils sont déjà à l’intérieur. Ils vous attendent. Catherine prit la clé. Retourne au dortoir.

 Tu n’as rien vu. La souris aessa et disparut aussitôt. Catherine ouvrit la porte. Elles entrèrent. Gir était assis sur le bord de la table, une cigarette entre les doigts. Baron se tenait près de l’évier, ouvrant lentement sa veste. Caron fumait près de la fenêtre. Gir sourit. Entrez, mesdemoiselles. La soirée de famille commence.

 Catherine referma la porte derrière elle. La clé tourna deux fois. Le clic raisonna dans toute la pièce vide. Baron eut un rire gras. Elles se sont enfermées toutes seulle. Très bien. Girot se leva et s’approcha d’Anne. Déshabillez-vous lentement. On veut regarder. Catherine retira sa tenue la première. Anne fit de même juste après.

 Elles restèrent debout au milieu de la pièce sous la lumière jaune de l’ampoule suspendue au-dessus de l’évier. Girot saisit Anne par les épaules, la tourna face à lui et la plaqua contre la table. Regarde bien ta sœur, docteur. Au même moment, Baron s’approcha de Catherine par derrière, la tenant fermement à la taille. Et toi, regarde bien la tienne.

 Caron restait un peu en retrait, sa ceinture déjà ouverte, attendant son tour avec ce calme glacial qui le rendait encore plus inquiétant. Anne respirait plus vite, mais gardait le silence. Girot lui forçait le visage à rester tourné vers Catherine. “Tu vois, ce sera pareil pour vous deux.” Baron força Catherine à se pencher en avant.

Regarde bien sportive, regarde ce qu’on fait de ta sœur. Mais Catherine ne baissait pas les yeux. Elle regardait sans clign sans trembler. Elle enregistrait tout. La respiration de Girot, la façon dont les doigts de Baron s’enfonçaient dans sa peau, le bruit de la boucle de ceinture de Caron. Chaque détail entrait dans sa mémoire avec une précision presque froide.

 Girot éclata d’un petit rire. Quelle belle soirée de famille, Baron ajouta avec son sourire sale. Vous faites presque un joli tableau toutes les deux. Anne respirait par coup, les larmes glissaient sur ses joues, mais elle ne donnait toujours pas à ses hommes ce qu’il voulait entendre. Girot se pencha à son oreille.

 Pleure plus fort, j’aime ça. Mais cette fois, ce fut Catherine qui répondit à sa place. Sa voix sortit net, froide. Elle ne pleurera pas. Girot tourna la tête vers elle. Ah oui ! Et toi alors ? Catherine plongea ses yeux dans les siens. Moi non plus. La gifle partit vite, pas assez forte pour la faire tomber, mais assez sèche pour claquer dans toute la pièce.

Tu pleureras quand on vous couchera toutes les deux sur cette table. Puis Caron s’approcha enfin. Les trois hommes se relayaient, changer de place, forçaient les deux sœurs à se regarder, rient entre eux comme si tout cela n’était qu’un jeu sordide. Regardez-les. Les petites sœurs font des efforts. Une famille doit rester soudée.

Mais derrière son visage figé, Catherine ne pensait plus à la peur. Elle comptait 1 2 3. Elle mémorisait la position exacte des couteaux. Le premier sous le chiffon à gauche de l’évier, le second sous le deuxième chiffon à droite. Quand enfin les trois hommes reculèrent et soufflés leurs vestes ouvertes, la pièce sembla devenir encore plus silencieuse.

Girot essuya distraitement ses mains sur un torchon. Demain encore et ensuite chaque soir toutes les deux jusqu’à ce qu’on s’en lasse. Baron ajouta aussitôt et si vous dites un mot à qui que ce soit, on le saura. On vous rallongera la peine. Ou pire. Caron lui se contenta d’un hochement de tête mué.

 Puis ils sortirent. La porte se referma derrière eux. Les deux sœurs restèrent debout au milieu de la pièce sous la lumière sale du sang perlé de la lèvre fendu d’âes. Des bleus assombrissaient déjà les hanches de Catherine. Le métal de la table était encore glacé sous leur paume. Catherine s’approcha de sa sœur et l’enlaça brièvement. Fermement.

 C’est fini. Anne hocha la tête. Oui, c’est fini. Catherine recula légèrement et la regarda droit dans les yeux. Et dans ses propres yeux, il n’y avait déjà plus ni larmes ni peur. Il y avait autre chose, quelque chose de net, de froid, de tranchant comme une lame. Cette nuit, on les tue.

 Anne releva brusquement la tête. Quand Catherine répondit d’une voix basse, presque calme, la prochaine fois qu’ils viendront. Mais cette fois, ce ne sera plus nous qui irons vers eux, ce sera eux qui viendront à nous. Elle se pencha, souleva le chiffon, en dessous reposait un long couteau de cuisine finement aiguisé, un ici. Puis elle monta l’autre côté et le second là-bas. Anne prit le deuxième couteau.

Ses doigts de chirurgienne se refermèrent autour du manche avec une précision naturelle, presque ancienne. “Je suis prête.” Catherine hacha la tête. Alors, on nettoie et on attend. Elles se mirent à laver le sol, la table puis elle-même. Des gestes exacts, calmes, presque méthodiques, comme s’il ne s’agissait que d’un simple service de nuit ordinaire.

 Mais dans les yeux de Catherine, il n’y avait déjà plus la moindre place pour la peur, seulement du calcul. Elles sortirent à 2h40 du matin. De retour au dortoir, elles s’allongèrent sur la même couchette. Dans le noir, Anne murmura : “Tu vas vraiment le faire ?” Catherine répondit sans hésiter. Oui, et toi aussi. Puis elle seent.

 Elles attendirent simplement la nuit suivante, la nuit du 4e jour. À 22h, la lumière du dortoir s’éteignit. 10 minutes plus tard, les sœurs sortirent à nouveau. La souris les attendait déjà à l’entrée du bloc des cuisines. La clé à la main. Ils sont dedans. Ils boivent. Ils vous attendent. Catherine prit la clé. Va-ten, tu n’as rien entendu.

 La souris disparut aussitôt dans le couloir. Catherine ouvrit la porte. Elles entrèrent. Girot était assis sur le bord de la table, une bouteille de cognac entre les mains. Baron se tenait près de l’évier, la veste ouverte, une flasque à la main. Caron fumait près de la fenêtre, son pistolet toujours dans son étui à la ceinture. Girot leva les yeux vers elle.

Ah, vous voilà. Déshabillez-vous. Ce soir, pas de préliminaire. Catherine referma la porte et fit tourner le verrou deux fois. Le clic raisonna plus fort que d’habitude. Baron eut un rire sale. Elle s’enferme encore toute seule. Quelle fille sage ! Catherine retira sa tenue la première. Anne suivit aussitôt.

Les couteaux étaient toujours là, sous les chiffons sur la table, un à gauche, un à droite, apporté de mains. Girot se leva alors et s’approcha d’Anne. Son ombre coupa la lumière jaune. Face contre la table, Anne s’allongea d’elle-même. Girot lui saisit les cheveux et la força à se pencher davantage. Regarde bien ta sœur.

 Au même instant, Baron s’approcha de Catherine par derrière. Baron passa ses bras autour de la taille de Catherine. Et toi, regarde-la. Caron écrasa sa cigarette dans l’évier, s’approcha lentement en ouvrant sa ceinture. Girot força Anne contre la table avec brutalité. Elle expira par le nez sans crier.

 “Tu restes silencieuse ?” murmura-t-il. “Tu aimes ça ?” Anne répondit d’une voix faible. “Non.” La réponse lui valut sec. Tu finiras par aimer. Derrière, Baron força Catherine vers l’avant, la maintenant fermement. Regarde bien sportive, regarde ta sœur. Mais Catherine ne clignait pas. Son regard restait fixe. Sa main droite glissa lentement sous le chiffon à gauche de l’évier.

À deux pas, Caron attendait encore la main près de son arme, l’étui ouvert. Girot recula enfin et suya distraitement ses mains. À toi ! Baron relâchar et se tourna vers Anne, la forçant à se retourner. Pleure docteur, c’est plus beau. Mais Anne ne parla pas. Les larmes coulaient silencieuses. À cet instant, Catherine se redressa légèrement.

 Sa main s’était refermée sur la poignée froide du couteau caché. Caron fit un pas vers elle. À ton tour. Catherine se tourna vers lui et pour la première fois, elle sourit. Un sourire fin, froid. Maintenant, c’est le mien. Le mouvement fut instantané, précis, comme un geste appris depuis longtemps. La lame monta d’un coup sec.

 Le temps sembla se contracter. Caron porta la main à sa gorge, tenta de respirer, puis s’effondra à genoux avant de basculer sur le côté. Baron se retourna brusquement. Qu’est-ce que Mais il n’eut pas le temps de finir. Anne, déjà libéré, saisit le second couteau. Son geste fut tout aussi rapide, guidé par une précision froide. Baron vailla.

 Ses forces le quittèrent d’un coup et il s’écroula au sol. Girot recula d’un pas surpris. Sa main plongea vers son arme. Trop vite. Un tir éclata dans l’espace fermé. Le bruit sourd raisonna contre les murs. Catherine vacilla, touché à la jambe. Son genou céda un instant, mais elle ne tomba pas complètement.

 Elle avança malgré tout, un pas cuit un autre. Puis elle bondit, rassemblant toute sa force dans un seul geste. La lame trouva sa cible. Girot lâcha son arme. Ses mains cherchèrent à arrêter ce qui ne pouvait plus l’être. Puis il s’effondra lentement. Le silence retomba. Un silence lourd, oppressant. Seule la respiration des deux sœurs restait irrégulière.

Catherine resta debout un instant, s’appuyant contre la table. Sa jambe tremblait. Anne descendit de la table et accourut vers elle. Caty ! Catherine hocha légèrement la tête. C’est fini ! Elle regarda les corps au sol, immobile, définitif. Anne s’agenouilla près d’elle. La blessure ! Catherine serra les dents traversante, pas l’artère.

 Elle déchira un morceau de tissu de sa manche et le tendit : “Fais un garot !” Le silence de la pièce était devenu épais, presque irréel. Anne travailla vite avec précision. Tiens la jambe droite, ne bouge pas. Le tissu se resserra. Catherine inspira profondément, mais sa voix resta stable. Plus fort, ça ira. Anne termina le nœud. Le flux diminue.

Ça va tenir. Catherine bougea légèrement les orteils. Oui, encore un peu de sensibilité. Anne se releva et suuya ses mains sur sa tenue. On a quelques heures. Catherine regarda de nouveau autour d’elle. Le sol, la table, les murs. On commence. Elles agirent sans précipitation, méthodiquement.

 Les vêtements furent retirés, les traces effacées, les objets remis à leur place. Chaque geste était réfléchi, précis, comme si tout cela avait été répété 1000 fois. Catherine prit le couteau une dernière fois puis le posa. C’est fini. Anne regarda les corps puis murmura simplement. Ils ne reviendront plus. Catherine acquissa jamais.

 Elle observa la pièce une dernière fois. Puis son regard se posa sur l’arme tombée au sol. On la laisse. Qu’ils pensent ce qu’ils veulent. Anne nettoya encore, laissant juste assez pour que tout paraisse crédible. Catherine effaça les traces restantes puis remit couteaux en place propre, brillants. Le travail terminé. Catherine jeta un dernier regard vers la sortie arrière. On passe par là.

 Anne hocha la tête. Elles essuyèrent leurs chaussures, ajustèrent leurs vêtements du mieux possible. Catherine resserra sa ceinture pour limiter le segment. Un dernier regard, un silence. Puis Catherine ouvrit la porte arrière. L’air froid du couloir les frappa. Elles sortirent. La porte se referma sans bruit.

 Le couloir était vide. Seulement les lumières espacaientes. Catherine avançait lentement, soutenue par Anne. Un pas, une pause, encore un pas. Ça va ? Murmura Anne. Supportable, répondit Catherine entre ses dents. Il faut juste atteindre le dortoir. Elles arrivèrent au bâtiment 7 vers 2h5. La porte était entrouverte.

 La souris était là, les yeux agrandis par la peur. Catherine passa sans un mot. Anne murmura seulement : “Ne dis rien, demain tout sera clair.” La souris hocha rapidement la tête. Les deux sœurs s’allongèrent sur la même couchette. Catherine étendit sa jambe. Anne plaça un vêtement plié dessous. Ne touche pas au garau avant le matin.

 Si ça pulse trop fort, réveille-moi. Catherine ferma les yeux et pour la première fois depuis des jours, le silence n’était plus une menace. C’était la fin. Ça ne recommencera pas. Anne s’allongea à côté de sa sœur et posa doucement sa main sur son épaule. On l’a fait. Catherine répondit à voix basse. Oui, on l’a fait.

Puis elle seente. Dans le dortoir, quelqu’un ronflait. Plus loin, une autre femme toussait dans son sommeil. Personne ne se réveilla. Catherine comptait les minutes jusqu’au lever. Anne regardait le plafond. Le matin approché. Bientôt, il trouverait. À six, Claudine, la détenue de service entra dans le bloc des cuisines.

 Elle ouvrit la porte et resta figée. Trois corps nus gisaient sur le sol. Le sang avait séché en flaque noire. La mise en scène atroce laissa la pièce glacée. Claudine poussa un cri bref, sec. Le cri déchira le couloir. 3 minutes plus tard, les surveillantes arrivèrent en courant. Zina fit la première à voir la scène.

 Elle recula aussitôt. Mon dieu ! 10 minutes plus tard, tout l’étatmajor de la colonie se trouvait déjà dans les cuisines. Le commandant adjoint Michael Smirnov se tenait au-dessus des corps, le visage gris. Gira, Baron, Caron, tous les trois. Sa voix se brisa presque. Qu’est-ce que c’est que ça ? La surveillante de permanence Svetlana répondit d’une voix tremblante.

 Les couteaux sont sur la table nettoyé. L’arme de Girot est à côté de lui. Un coup a été tiré. La balle est dans le mur. Smirnov se tourna alors vers les détenus de service. Qui est venu ici en dernier ? La souris se tenait dans l’embrasure de la porte, les yeux immenses. Les deux sœurs Volkov ont été appelées cette nuit pour le nettoyage.

Smi hacha la tête vers deux officiers. Trouvez-les immédiatement. On retrouva Catherine dans le bâtiment 7. Elle était assise sur sa couchette, la jambe tendue devant elle. Le gara improvisé était toujours serré autour de sa cuisse. Le sang séché avait laissé de larges taches sombres sur sa tenue. Anne était assise à côté d’elle.

 lui tenant la main. L’officier d’intervention, le capitaine Rogov, entra avec deux soldats. Volkov, Catherine, Volkov, Anne. Catherine releva la tête. Oui, debout, les mains derrière le dos. Catherine se leva lentement en s’appuyant sur Anne. Sa jambe plia presque sous elle. Rogov remarqua aussitôt le sang.

 Tu es blessé ? Catherine répondit sans détour. Oui. Par qui ? Elle le regarda droit dans les yeux. par Girot, il a tiré quand on s’est défendu. Rogov eut un mouvement de recul presque involontaire. En avant, on les emmena menoté. Catherine boîtait fortement mais ne se plaignait pas. Anne marchait à côté d’elle, épaule contre épaule.

 Au centre de détention provisoire, on les sépara immédiatement dans deux cellules différentes. Catherine fut conduite directement à l’infirmerie. La balle avait traversé la jambe sans toucher l’artère principale. Une médecin de la colonie, une femme d’une cinquantaine d’années, nettoya la plée, recousi, posa une perfusion.

 “Combien de sang tu as perdu ?” demanda-t-elle à voix basse. “Baou, mais je suis encore là.” La médecin la regarda longuement. “Tu comprends ce qui va arriver maintenant ?” Catherine hacha la tête. “Oui.” Le procès commença plus tard. Une audience à huit clos dans une petite salle du tribunal régional. Les bancs étaient presque tous remplis.

 Tout le quartier de Septentria semblait avoir envoyé quelqu’un. Les détenus venus assister au procès gardaient le silence mais leurs yeux brûlaient. Les deux sœurs étaient assises sur le banc des accusés en tenue pénitentiaire. Catherine avait une béquille. Le procureur, un jeune magistrat militaire nommé Alexandre Lébédev prit la parole le premier.

Les accusés Catherine et Anne Volkov sont poursuivis pour le meurtre de trois employés de l’établissement. Actes intentionnels avec une cruauté aggravée. Le ministère public demande la réclusion à perpétuité. La juge, une femme d’environ 60 ans, leva une main calme. La défense, l’avocat commis d’office que personne n’attendait particulièrement brillant, se leva pourtant avec assurance.

Votre honneur, la défense demande l’intégration au dossier de témoignage. Plus de 40 personnes sont prêtes à déposer. La juge hacha la tête. Faites entrer le premier témoin. La première à avancer fut la vieille des tenue, celle qui faisait office de chef officieuse du dortoir. Sa voix était rque mais ferme.

 Pendant 3 ans, ils ont détruit les filles ici. Chaque semaine, il faisaient appeler quelqu’un aux cuisines ou au bâtiment administratif. Celles qui se taisaient survivait, celle qui criait finissait au mitard ou avec des années en plus. Il menaçait même les enfants. L’une d’entre nous a entendu qu’on placerait sa fille si elle parlait.

 Elle avala sa salive puis regarda les sœurs. Nous, on s’est tue. Elle elles nous ont sauvé. Le procureur se leva aussitôt. Objection. Cela n’a rien à voir avec l’effet matériel. Un meurtre reste un meurtre. La juge frappa une fois de son marteau. Continuez témoin. La suivante fut Svedka, celle qui pleurait la nuit. Ils m’ont prise pendant un an et demi.

 D’abord un, puis les trois. Il filmait. Il disait que si je pleurais encore, mon enfant finirait placé. Sa voix se brisa. Je me suis tue. Puis les sœurs sont arrivées et tout s’est arrêté. La salle remua. Quelqu’un étouffa un sanglot. La serie vend ensuite. J’étais de service la nuit. Je les voyais venir. Tout le monde savait mais tout le monde avait peur.

 Les sœurs ont fait ce qu’aucune de nous n’avait pu faire. Les femmes défilèrent ensuite l’une après l’autre. 37 témoignages. L’une raconta qu’on lui avait rallongé sa peine après une plainte. Une autre expliqua qu’on avait menacé sa mère qui élevait seul deux enfants. Une troisième parla d’une amie qui n’avait pas survécu après des mois de terreur.

Le procureur tenta plusieurs fois d’interrompre. Cela ne justifie pas un homicide. Mais chaque fois la juge l’arrêta sèchement. Nous écoutons le témoin. La dernière à venir fut tante Lucie, la plongeuse qu’on avait renvoyé chez elle cette fameuse nuit. Je travaillais aux cuisines. Quand on m’a forcé à partir, ils ont mis la plus jeune Volkov à ma place.

 Je savais pourquoi. Elle regarda la salle entière. Nous le savions toutes. Merci à elle. Elles nous ont rendu notre vie. Alors quelque chose de rare se produisit. Toute la salle se leva. Les 37 femmes se mirent debout en même temps. Aucune ne se rassit. La juge frappa de nouveau de son marteau, mais personne ne bougeaine tourna légèrement la tête vers sa sœur.

Anne était assise droite, les yeux secs, mais plus solide qu’au premier jour. La juge annonça une suspension d’audience. Une heure plus tard, elle revint et reprit place. Le silence devint absolu. Le tribunal, après avoir entendu les témoignages et examin les éléments du dossier, conclut que les actes commis par les accusés l’ont été dans un état de nécessité extrême et de légitime défense.

 La menace contre leur vie et leur intégrité était réelle, constante et systémique. Les violences sont confirmées par de nombreux témoignages concordants. Les homicides sont donc reconnus comme justifiés. Le procureur se leva d’un bon. Votre honneur. La juge leva la main sans même le regarder. Jugement. Catherine Volkov et Anne Volkov sont acquittés au titre de l’article 105 alinéa 2.

 Aucune peine supplémentaire ne sera appliquée. Leur remise en liberté est ordonnée immédiatement. La salle explosa. Des femmes crièrent, d’autres pleurèrent. Certaines applaudirent à s’en faire mal aux mains. Une voix lança au fond. Merci les sères. Catherine se leva avec sa béquille. Anne la soutint par le coude.

 La juge les observa instant puis dit plus bas : “Vous êtes libre, mais je vous conseille de quitter cette région rapidement.” Catherine hocha la tête. Nous partirons. On les fit sortir sous les cris de gratitude. Dans le couloir, les femmes de leur ancien quartier les attendaient déjà. Certaines les prirent dans leurs bras.

 D’autres glissèrent des paquets de nourriture entre leurs mains. Catherine s’arrêta près de la porte et se tourna vers Anne. C’est fini. Anne répondit doucement. Oui, c’est fini. Elles sortirent à l’air libre. L’air froid leur frappa le visage. Catherine boîtait encore mais son pas restait ferme. Pour la première fois, elles étaient vraiment libres.

 Le lendemain du procès, Catherine fut emmenée à l’hôpital de la colonie pour un dernier contrôle avant transfert. Une voiture sanitaire attendait. Deux aides soignants, une médecin en blouse blanche. Catherine était assise sur une sivière, la jambe immobilisée, la béquille entre les genoux. Anne marchait à côté, lui tenant le bras.

 La médecin, une femme d’environ cinquante ans nommée Tamara Ivanovna, observa la blessure à travers le pansement. La plée traverse bien. La cicatrisation est propre, mais tu ne dois pas encore marcher normalement. Deux semaines allongées minimum. Catherine hacha la tête. Compris. Quand les aides soignants sortirent, Tamara baissa la voix.

 J’ai entendu parler du procès. Toute la ville en parle. On dit que la moitié de la colonie s’est levée quand vous avez été acquitté. Anne répondit calmement. Ils sont venus même. On a demander à personne. La médecin la regarda longuement. Moi aussi, je serais venu si j’avais vécu la même chose. Elle ne termina pas sa phrase.

 Elle secoua simplement la tête. Reposez-vous. On vous apportera à manger à part. Personne ne viendra vous déranger. Catherine s’allongea sur le lit. Anne s’assit sur un tabouret à côté d’elle. Ça fait mal. Catherine eut un léger sourire de travers. Quand je bouge, oui, quand je reste allongé, ça va ? Anne posa sa main sur son avant-bras.

 Dans deux semaines, il nous transfert vers l’imelka, près de Volocda. On dit que c’est plus calme là-bas. Catherine hacha la tête. Alors, on recommencera là-bas. Elle se ture derrière la fenêtre, on entendait encore les bruits ordinaires de la cour, les mêmes qu’avant. Mais cette fois, sans peur. Jour plus tard, Tamara entra avec des papiers. Demain, transfert à heure.

Préparez-vous. Catherine se redressa sur le lit. Le plâtre, on le laisse encore jusqu’à la fin du mois, mais tu peux marcher avec la béquille. Anne aida sa sœur à se lever. Catherine fit trois pas dans la chambre, lent mais stable. Ça ira ! Dit-elle simplement, j’y arriverai. Le soir, dans le bâtiment, presque toutes les femmes se réunirent.

On n’alluma pas la grande lumière. Seule une petite ampoule dans un coin éclairait la pièce. Les femmes étaient assises sur les couchettes et à même le sol. Certaines fumaient près de la petite fenêtre. La vieille fut la première à s’approcher. Elle portait un paquet dans les mains, une cartouche de cigarette, deux boîtes de viande, du savon, du dentifrice. Prenez ça pour la route.

Catherine prit le paquet. Merci. La vieille les regarda toutes les deux avec une gravité inhabituelle. Vous savez que vous n’avez pas fait ça seulement pour vous, vous l’avez fait pour nous toutes. Ensuite Zvedka s’approcha. Ses yeux étaient rouges. Moi, j’attendais chaque nuit qu’il revienne.

 Maintenant, je dors. Merci. La souris tendit ensuite un petit morceau de papier plié en quatre. C’est de la part de tout le monde. Lisez-le dans le train. Anne prit le papier sans l’ouvrir et le glissa dans la poche de sa tenue. Tante Lucy resta un moment en retrait puis finit par s’approcher elle aussi. Je croyais que tout était fini pour nous.

 Et vous, vous nous avez rendu la vie. Catherine répondit simplement. Ne nous remercie pas, on a seulement fait ce qu’il fallait. Lucy la serra brièvement dans ses bras. Puis Anne aussi, prenez soin de vous. Le lendemain h cours des transferts, deux fourgons cellulaires, une dizaine de gardes. Les sœurs étaient les dernières dans la file.

 Catherine s’appuyait sur sa béquille. Anne portait leur sac. La surveillante Zina s’approcha alors plus discrète qu’à l’habitude. Les Volkov. Catherine tourna la tête. Oui. Zina jeta un coup d’œil autour d’elle, puis parla presque en chuchotant. Je vous ai vu toutes ces nuits, je ne dormais plus. Merci d’avoir arrêté ça.

 Catherine hocha une seule fois la tête. Vivez tranquille. Zina s’éloigna aussitôt. Un sergent cria alors au véhicule. Elles montèrent dans le fourgon. La porte claqua derrière elle. Le moteur démarra. À l’intérieur, l’espace était étroit. L’odeur du métal et de la sueur collé aux parois. Catherine étendit sa jambe et s’appuya contre la tôle.

 Anne s’assit à côté d’elle. Puis elle sortit le petit papier plié, l’ouvrit enfin. Sur la feuille arrachée d’un cahier, une seule phrase était écrite avec soi. Merci. Vous êtes les nôtres. En dessous, 43 noms écrit petit mais tous lisibles. Catherine lut en silence, puis replia le papier et le glissa dans sa poche.

 Tu l’as lu ? Demanda-t-elle. Anne hocha la tête. Oui. Elles se turent ensuite. Le fourgon sait sur les bosses de la route. Derrière la grille, on apercevait des arbres, des clôtures, un ciel gris. Catherine murmura enfin. Maintenant, ce sera calme. Plus personne ne viendra la nuit. Anne répondit doucement. Oui, plus personne. Elles roulèrent en silence.

 Le dos droit, les yeux devant, la béquille de Catherine reposait entre ell et à Septentria, pour la première fois depuis longtemps, le silence était devenu réel. Les dortoirs dormaient paisiblement. Les portes du bloc des cuisines restaient fermées après l’extinction des feux. Plus personne ne frappait à minuit.

 Plus personne n’était appelé pour un nettoyage. Les femmes se couchaient désormais sans peur. Certaines, pour la première fois depuis des années, ne se réveillaient plus en sursau. Dans le quartier, on ne chuchotait presque plus la nuit. Seulement, parfois dans le coin fumeur. Quelqu’un murmurait : “Vous vous souvenez des sœurs Volkov ?” Et alors, toutes les autres hochaient la tête sans un mot. Yeah.

 

Disclaimer: This story is fictional and created for entertainment purposes only. Any names, characters, places, or events are fictitious or used fictitiously. No real person or organization is intended to be portrayed.

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