Secrets de famille en héritage – Ça commence aujourd’hui

 

 Robert et Madeleine se marient.  Madeleine a beaucoup d’amants. C’est ma mère naturelle.  Mon père, c’était un marchand de patates sur le marché de Villeneuve-Saint-Georges.  Vous avez grandi, elle est dans quelle famille alors ?  Avec Robert. Donc moi, Madeleine, je ne l’ai jamais connue.  Je ne connais pas ma mère. Je ne sais pas à quoi elle ressemble.

 C’est dur déjà. Donc déjà, là, mon idée,  c’est que je suis orpheline. Je ne connais pas ma mère.  Je ne connaîtrai jamais mon père. Et assez tôt, j’ai compris que ce n’était pas ma place.  À la mort de mon papa, j’ai ressenti le besoin d’aller me retrouver dans la maison de mes parents,  avec ma maman, mes enfants.

 Et là, elle s’est confiée en fait.  Elle m’a dit, écoute, ton père en fait, c’est ton parrain.  Et j’ai eu l’impression de perdre deux fois mon père.  Et vos frères et sœurs, ils savaient ?  Alors non. Ils vous en veulent ?  J’ai peur de ça.  Vous regrettez cette période-là où vous ne saviez pas ?  C’est ça. Je me dis qu’en fin de compte, c’était beaucoup plus simple.

 Mon papa est marié. Il est toujours marié, mais pas avec votre maman.  Voilà. Il a trois enfants.  Avec sa femme et moi. Je suis l’enfant caché.  Votre mère vous a expliqué les choses très vite ? Non, non, non.  C’est moi qui a posé la question.  Je devais avoir 6 ou 7 ans.

 Et je lui ai dit, mais pourquoi papa il part ?  Pourquoi il n’est pas là ?  Et donc là, ma mère m’a avoué la vérité.  Et j’ai eu une espèce de haine qui est montée envers mon père.  Puisque je n’accepte pas ce qu’il fait. Et quand on a de la haine, on a de l’amour aussi ?  Oui. Je l’aime autant que je le déteste.  à tous et merci de passer l’après-midi avec nous.

 Les invités que vous allez découvrir aujourd’hui vont nous faire partager…  Un secret de famille qui leur est tombé dessus.  Une révélation qui, aussi libératrice qu’elle ait pu être, a eu l’effet d’une bombe dans leur vie.  Elles étaient, sans le savoir, des enfants illégitimes issus d’une relation extra-conjugale.

 Et comme souvent, c’est à la disparition de celui qu’elles croyaient être leur père que les langues se sont déliées et que la vérité a éclaté au grand jour.  Aujourd’hui, justement, elles ont à cœur de témoigner sur ce secret qu’elles ont reçu en héritage.  Elles veulent briser la chaîne du silence.  Leur parole est précieuse et j’ai hâte de passer ce moment.

 Ce moment privilégié avec elle et avec vous.  Bienvenue dans Ça commence aujourd’hui. Et bonjour à toutes les trois.  Merci d’être avec nous, Gwenaëlle, Véronique et Manon.  Je suis ravie de vous recevoir sur ce plateau.  Je sais que retourner dans le passé, ce n’est pas évident.  Et en même temps, vous y avez trouvé quelques clés.

 Donc on est comme ça, un petit peu funambule, sans savoir si ça fait du bien ou si ça retourne des choses difficiles.  On va en parler en tout cas avec vous. Et merci de votre confiance.  Je vous présente celle qui va nous accompagner aujourd’hui.  Elle en connaît un rayon sur ce sujet. C’est Yvonne Poncé-Bonissol.

 Bonjour.  Bonjour Yvonne. Bonjour Faustine. Je suis ravie d’être avec vous.  Et moi aussi. Et votre livre, Secrets de famille, c’est silence qui nous gâche la vie,  est paru à l’automne dernier.  Vous savez donc parfaitement, vous allez donc parfaitement pouvoir éclairer nos invités sur ce poids du silence.

 On va commencer avec vous, Naël, et je vous propose tout de suite de faire connaissance un petit peu plus avec votre histoire grâce à ces jolies photos que vous nous avez confiées.  On va dire que c’était un peu le temps de l’insouciance, c’était un peu le temps du bonheur,  le moment où justement vous étiez en train de construire votre vie.

 On regarde ces images qui forcément vont vous toucher.  Gwenaëlle, née en 1981, elle est la Benjamine d’une fratrie de 4 enfants.  La petite fille mène une enfance épanouie, elle est même la chouchoute de l’amour et quitte le nid familial pour s’installer à Paris.  En 2004, la jeune femme se marie et apprend quelques mois plus tard qu’elle est enceinte de jumeaux.

 Mais la même année, son père tombe gravement malade.  Gwenaëlle est alors loin d’imaginer que le décès de son papa va remettre en question sa vie.  Alors, qu’est-ce qui est venu briser cette insouciance dans votre vie ?  Malheureusement, en 2005, mon papa avait une maladie déjà depuis quelques temps.  Il avait quoi comme maladie ? En fait, il était diabétique et il ne prenait pas forcément soin de lui parce qu’il aimait la vie.

 Il était épicurien, donc il aimait bien les repas et tout ça.  Et en fait, ça ne va pas forcément avec cette maladie.  Et ça a accéléré les choses. Et voilà, ça a accéléré les choses.  Et en fait, son état s’est dégradé assez rapidement.  donc il a été hospitalisé en réanimation et donc à partir de là moi j’étais sur Paris  donc enceinte de mes jumeaux.

 Je ne veux pas aller dans le détail, mais c’est parti très rapidement.  Ça s’est passé en une semaine de temps.  Quelle relation avec votre papa ?  C’était très fusionnel.  J’étais la petite dernière, la quatrième.  Elle est belle, cette photo. C’était une relation assez magique dans le sens où il a fait beaucoup plus de choses pour moi que mes frères et sœurs.

 J’avais l’impression qu’il était beaucoup plus investi.  dans pas mal de choses. Et puis, on a partagé aussi des passions qu’il aimait,  qu’il animait, en fait. Et donc, j’avais une belle relation.  Vous n’aviez jamais eu aucun soupçon, une intuition, quelque chose,  aucune question qui vous avait traversé ?  Honnêtement, si.

 À la période de l’adolescence,  je ne sais pas.  Pourquoi ? Comment vous le dire ?  Mais on ressent quelque chose qui fait que…  Vous disiez, il y a quelque chose, il y a un décalage.  Par rapport à ses frères et sœurs ? Par rapport à mes frères et sœurs qui sont plus âgés que moi.  Donc je mettais ça là-dessus, en me disant, c’est parce qu’ils sont plus âgés,  on n’a pas la même génération.

 Vous leur ressemblez à vos frères et sœurs ?  Pas forcément. En fait, il y a ça aussi.  Moi, j’avais une recherche à tout prix dans mes frères et sœurs,  dans mes parents, où je voulais à tout prix trouver des points de ressemblance.  Et c’était bizarre déjà pour moi, à cette époque, de faire cette fixette sur ça.  Et c’est comme ça que j’ai commencé à me poser des questions.

 Et à l’âge de 15 ans, j’étais en voiture avec ma maman.  Et puis, je lui ai posé la question. Je lui ai dit, si papa n’était pas mon père,  tu me le dirais. Vous avez été jusque-là.  Adela a posé la question. C’est ça. Et je lui ai dit après, elle me répond,  non, mais tu sais, t’es l’enfant de l’amour.

 Ah, donc elle n’avait pas fermé la porte.  Voilà, mais à 15 ans, je n’avais pas le recul et la maturité.  Je ne sais pas si c’est le recul et la maturité ou peut-être que vous n’avez pas voulu entendre ce qu’elle était quand même en train d’essayer de vous expliquer.  C’est ça.

 À la mort de votre papa, pourquoi les choses ?  ont été bouleversées. Pourquoi la vérité a explosé ?  Alors, en fait, ce qui s’est passé, c’est qu’à la mort de mon papa,  comme je vous l’ai dit, j’étais donc enceinte de mes jumeaux de 6 mois.  Donc, les choses ont eu lieu, les obsèques,  il y a eu quelques mois qui ont passé. J’ai accouché donc de mes jumeaux.

 Et puis, j’ai ressenti le besoin d’aller me retrouver dans la maison de mes parents,  avec ma maman, mes enfants.  Et en fait, je me suis retrouvée dans ma chambre d’enfants, avec mes enfants,  à discuter avec ma maman. Et là…  Une conversation en emmenant une autre, elle s’est confiée.  Elle m’a dit que ton papa n’est pas ton papa.

 Dans la foulée, elle me dit qu’il faudra que tu le gardes pour toi.  Ton père, c’est ton parrain.  Mon parrain, c’est un ami de la famille.  Tout ça arrive. Elle vous dit ça comme ça ?  Comme ça. Un matin, quoi. Voilà, je sens qu’il y avait une…  C’est-à-dire qu’elle, elle avait besoin de se délivrer, elle, de son secret.

 C’est dur de vous dire ça, alors que vous êtes déjà dans une dualité de porter la vie et de porter le deuil.  C’est ça. C’est difficile de vous rajouter ça.  Ça a été compliqué, puis j’avais 24 ans, donc je pense que, pareil, l’âge n’était pas forcément aidant à ce moment-là.  Et vous le connaissiez, le parrain ?  Alors, je l’ai connu parce qu’on m’en a parlé, mais je ne l’ai pas vu,  en fait. Il a disparu…

 Enfin, il a disparu…  de notre vision, on va dire, quand j’avais 3 ans.  Mais quand elle vous dit ça, quelle était votre première émotion de déstabiliser par rapport à ce lien unique que vous aviez avec votre papa ?  De lui en vouloir de ne pas vous l’avoir dit ?  De lui en vouloir du moment qu’elle a choisi ?  Alors, en fait, c’était très bizarre parce que ma première réaction,  ça a été de l’assidération parce que je l’ai pris dans mes bras et je lui ai dit,  c’est pas grave.

 Comme si j’arrêtais, en fait, c’est pas grave, t’inquiète pas, ça va aller.  C’est moi qui lui disais, ça va aller.  C’est fou. Parce que, même encore maintenant, j’aime énormément et profondément ma maman.  Et là, à ce moment-là, je me suis dit, je réfléchissais plus pour moi,  en fait. C’était, encore une fois, je mettais une pause.

 C’est fou, ça. Et votre père, il savait ?  Alors, a priori, sur ce que ma maman m’a dit, oui.  Mais moi, je… Alors, c’est peut-être pas gentil,  je sais pas. Mais j’ai le doute, en fait.  Je me dis, comment un homme peut accepter de s’occuper d’un enfant qui n’est pas de lui ?  L’amour, en fait. Oui, oui, c’est ça.

 Mais je sais pas, c’est moi qui cherche vraiment à gratter…  Parce qu’en fait, votre maman a eu une relation extra-conjugale.  Voilà, c’est ça. Après, c’était un couple qui avait des hauts et des bas,  mes parents.  Mais de là à savoir ça, je n’aurais pas pensé.  Vous ne savez pas si votre père a été au courant de cette relation, donc il serait au courant de votre…

 Vous ne savez pas, en fait. Alors, moi, je mets un 12, mais ma maman me dit que oui.  Il était au courant, il savait. Voilà.  Et vos frères et sœurs, ils savaient ?  Alors, non. Non, non, non. Justement, c’est ce qui a fait que ça a été compliqué.  Parce qu’en fait, comme ma maman m’a dit de garder ce secret au moment de l’annonce,  elle me dit surtout, tu n’en parles pas à tes frères et sœurs.

 Mais c’est un cadeau empoisonné, ce cadeau.  Et du coup, ça a été forcément très compliqué pour moi parce que je me suis sentie extrêmement seule et j’ai eu l’impression de perdre deux fois mon père.  C’est-à-dire qu’il y a eu le deuil physique et le deuil moral où je me suis dit,  mince, comment je vais faire ?  Qu’est-ce qui se passe ? Et qui je suis ?  C’est ça. Le socle s’est écroulé, en fait.

 J’ai eu l’impression de ne plus avoir mes repères.  Tout ce qu’on avait construit, posé, sur lesquels je mettais tous mes fondements,  en fait, tout explosait d’un coup.  C’était très solide. Le fondement était très solide.  Complètement. Donc, qui je suis ?  Est-ce que ma vie, c’était vraiment ma vie ?  C’est ça. C’est lourd. On remet tout en question, forcément, après.

 Et vous vous êtes confiée à quelqu’un ?  Alors, en fait, à l’époque, j’étais mariée avec le papa des jumeaux et je lui en ai parlé.  Et quand je lui en ai parlé, il lui m’a dit, je pense que c’était maladroit et pas méchant,  mais il m’a dit, écoute, t’as eu un papa, ça se passait bien, ça change rien.

 Et du coup, quelque part, il n’y a pas eu la réponse que j’aurais attendue.  Une espèce de compréhension de ma situation.  Alors, j’avais conscience que j’avais une très belle éducation avec tout ce qu’il fallait.  J’avais eu un super papa. Mais justement, en fait, c’est un malaise qui s’installe,  en fait.

 Et alors, ça a eu quoi comme conséquence, ce malaise ?  Eh bien, ce qui se passe, c’est que pendant 5 ans, je garde le secret.  Je commence à vriller complètement.  C’est-à-dire que mon entourage n’a pas compris parce que je suis dans l’autodestruction.  Donc, mon couple éclate, je divorce.  Ah, c’est vraiment un lien direct. Ah oui, oui, oui. Vous pétez les plombs, en fait.

 Voilà.  Complètement, complètement. Je n’ai pas fait les bons choix qu’il aurait fallu.  Et de quelle manière vous pétez les ponts ?  De manière à ce que je mets fin à mon mariage,  je commence à ne plus vraiment m’occuper de mes bébés.  Vous détruisez tout.

 Voilà, j’en veux à tout le monde inconsciemment ou consciemment,  je ne sais pas. J’en veux à tout le monde, je suis très en colère et en même temps je souffre parce que je crie de l’intérieur et personne ne m’entend en fait.  On ne sait pas pourquoi je réagis comme ça.  Et du coup, ce qui se passe par la suite, c’est qu’au bout de 5 ans, je téléphone à ma deuxième sœur,  dont je suis très proche, et je lui explique.

 Et là, ça m’a fait un bien fou parce qu’à aucun moment, j’ai eu une sensation de rejet.  Elle me dit, écoute, je m’en doutais, mais pour moi,  ça ne change rien du tout, tu restes ma sœur.  Et là, pfff, délivrance absolument.  Quelque part dans ce chaos, vous gardiez des repères.  J’ai gardé mon fil, on va dire, qui est conducteur,  je ne sais pas.

 J’ai bien compris que vous avez une relation privilégiée avec votre maman,  et loin de moi l’idée encore une fois de l’incriminer.  Néanmoins, il n’y a jamais un moment où vous lui en avez voulu, même avec beaucoup d’amour.  C’est trop lourd ce que tu m’as donné, j’aurais préféré ne jamais savoir.  Bien sûr, parce que forcément, moi le disant à ma sœur,  ma mère s’est sentie obligée de le révéler aux autres.

 Et en fait, ce qui s’est passé, c’est que forcément, ça a créé des tensions,  et avec ma maman, oui.  Oui, il y a eu un moment de grande tension.  On s’en est voulu l’une et l’autre. Je pense qu’elle était en colère parce que je dévoilais quelque chose de privé pour elle.  Et de l’autre côté, moi, j’étais en colère parce qu’elle n’avait pas conscience de la destruction que ça avait pu avoir.

 Elle n’en avait vraiment pas confiance ? Je ne sais pas.  À ce moment-là, je pense qu’elle… Et est-ce qu’elle, elle allait mieux ?  Non, je ne pense pas que ça lui a fait…  Non, je pense que sur le moment, ça a été spontané de me le dire.  Il n’y a pas eu de réflexion derrière tout ça.  Et je pense qu’à aujourd’hui, si on lui demandait, elle dirait qu’elle ne me le dévoilerait pas.

 Et quand elle a su que vous en aviez parlé à votre sœur, que vous n’aviez pas gardé ce secret,  comment elle l’a pris ? Je pense que ce n’était pas le top.  Elle n’était pas contente.  Après, je pense qu’elle était très mal à l’aise parce que ça la remettait…  Moi, je la voyais à cette époque-là en tant que maman.

 Je n’avais pas le côté femme. Et donc, je pense qu’elle, c’est son côté maman qu’elle pensait remettre en question face à ses enfants.  Et je pense que c’est ça qui a été difficile pour elle.  Pour remonter le fil, vous avez raison quand vous dites tout d’un coup, je ne voyais pas le côté femme.  Est-ce que la question d’en vouloir à votre maman,  d’avoir trompé votre papa ?  s’est posée ? Ou est-ce que vous vous êtes interrogée sur cette infidélité-là ?  Ou vous lui avez posé des questions sur pourquoi ?

 Est-ce qu’elle était malheureuse ? Est-ce qu’elle avait vraiment été…  Elle vous a dit que vous étiez le fruit de l’amour. Quelle était cette histoire avec ce parrain ?  Après, l’histoire, au fond, si on enlève ce que je pense…  Enfin, ce que je pense… Au fond, je pense que c’était une histoire vraiment d’amour passionnel.

 C’était quelque chose… C’est une femme, ma maman, qui a une vie assez compliquée.  Un passé compliqué.  Et du coup, je pense que je vois quand même quelque chose de beau derrière tout ça.  Je pense qu’il y avait un amour vraiment passionnel.  Oui, c’était aussi une histoire d’amour. Voilà, je pense que c’était ça.

 Moi, là où je lui en voulais…  C’est de me le dire au moment où mon père décède, d’avoir cette info-là.  Ce n’était pas forcément en effet le bon moment, mais est-ce que c’est innocent si cette maman a choisi le décès de son papa,  la naissance des jumeaux ? Est-ce que quelque part, elle, il n’y a pas quelque chose où elle s’est dit peut-être au moment où il y a une nouvelle génération qui arrive,  il faut peut-être enrayer ce mensonge ? Il faut casser ces chaînes parce que le secret que l’on soit prisonnier ou qu’on le soit gardien a toujours des effets destructeurs sur une vie.

 Et surtout, ça se répète parce que la répétition,  il faut voir si votre maman aussi a eu quelque chose.  problème dans son enfance d’abandon, mais le secret,  il est là pour protéger quelque chose, pour protéger en tout cas l’harmonie familiale et surtout,  il est créé par la honte et la culpabilité.  Quand on vous entend, vous avez absolument tous les ingrédients qu’on trouve dans les secrets de famille.

 Dans un premier temps, il a sointé.  Vous avez posé la question à 15 ans.  Mais est-ce que papa et mon papa, vraiment ?  Elle vous a répondu. Eh bien, tu es née d’une histoire d’amour,  ce qui est magnifique, parce qu’on voit votre rayonnement quand même.  Vous êtes une femme radieuse. Donc, vous êtes une enfant de l’amour.

 Et on voit aussi à quel point votre papa vous a aimé.  Si votre papa vous a aimé autant, eh bien…  Qu’ils le sachent ou qu’ils ne le sachent pas, en tout cas, vous étiez sans doute…  un enfant de la réparation du couple.  Parce que vous dites qu’il y a eu beaucoup de haut et de bas.  S’il le savait, c’est qu’il avait pardonné.

 Donc, pour lui, il ne l’a pas dit s’il le savait pour vous protéger.  Votre maman, elle, elle était prisonnière de ce secret.  Elle ne pouvait pas vous le dire. Mais à un moment donné, elle vous a donné la patate chaude et vous êtes devenue,  vous, gardienne d’un secret et en même temps prisonnière.  Parce qu’elle vous a demandé de le garder.

 Donc, c’est vrai que la révélation sur un secret portant sur les origines,  ça a un effet.  fait parfois d’une bonde, ça explose, parce qu’on a l’impression que notre identité vacille.  Et surtout, vous racontez fort bien ce que peut provoquer l’assidération face à la révélation.  On est figé, on n’y croit pas, parce que vous ne l’avez pas cru dans un premier temps.  Ensuite, vous avez déroulé, et ensuite la colère est venue.

 Et la colère, avec la boue, c’est tout, y compris vous-même.  une sorte de sensation d’autodestruction parce qu’on ne s’aime plus.  L’identité qu’on avait avant n’est plus celle d’aujourd’hui.  C’est comme ça que vous avez eu l’impression finalement,  enfin vous vous êtes peut-être autodétruite, mais maintenant je pense qu’il y a une forme de légèreté parce que…

 Quand un secret est révélé, on se sent léger.  Alors comment on se réconcilie avec soi-même ?  Vous me dites autodestruction, j’ai mis fin à mon mariage,  je suis partie un peu en cacahuète, je me suis moins occupée de mes enfants,  vous étiez centrée sur votre chaos intérieur.  Comment vous vous êtes réconciliée avec vous-même ?  Qu’est-ce qui vous a permis d’avancer ? C’est de finir par avoir une vraie discussion avec ma maman,  mine de rien, même si c’était parfois sur le ton très tendu.

 On a quand même gardé ce…  ce lien de discussion. Alors, il y a eu une pause pendant un an où on était très fâchés l’une et l’autre.  Mais après… Au moment où vous avez parlé avec votre sœur ?  Alors, voilà, c’est assez…  Oui, ça a été diffus, mais c’est un peu ça.  Au-delà de ça, je l’aime tellement que je ne pouvais pas rester sans elle.

 Donc, voilà, il fallait que je revienne malgré tout vers elle.  Et en fait, donc, il s’est passé que j’ai fini par revenir vers elle.  On a quand même repris le dialogue. On en a parlé parce que c’est vrai qu’au tout début où elle m’a révélé ce secret,  c’était devenu presque tabou. Au début, on n’en parlait pas l’une et l’autre.

 C’était dit.  Et puis après, il y a eu ce clash où on a parlé.  Moi, il n’y a pas si longtemps que ça.  J’ai eu encore besoin de lui dire, écoute, ça n’a pas été facile.  Vraiment, il faut que tu comprennes. C’est compliqué pour moi.  J’ai après fait aussi des recherches sur mon parrain.  où j’avais besoin de savoir.

 Et donc, j’ai réussi à retrouver, grâce aux réseaux sociaux…  Vous dites votre parrain, vous ne dites pas votre père biologique.  Non, je n’y arrive pas. C’est soit géniteur, soit parrain, je ne sais pas.  Je veux vraiment tellement mettre de la distance.  Et vous avez voulu en savoir plus ?  C’est ça. J’ai voulu en savoir plus.

 Et du coup, j’ai réussi à contacter ma cousine et ma marraine.  Donc, ma marraine, c’est…  Si je m’exprime bien, ma marraine est la femme du frère de mon géniteur.  Votre tante ? Oui, en biologie.  Voilà, c’est ça. Et donc, j’ai réussi à reprendre contact avec ma cousine qui me ressemble beaucoup.  Et donc, elle a été adorable.

 Elle m’a accueillie chez elle avec ma marraine.  Elle était au courant ? Alors, eux, de tous le côté de mon père biologique,  ils sont tous au courant. Et ça, c’est dur ?  Et ça, oui.  De se dire, en fait, j’étais le dindon de la farce. Personne n’est venu me dire l’essentiel de ma vie.  C’est ça. C’est comme une personne qui est trompée et que tout le monde sait.

 Voilà, c’est ça. Et donc, j’ai beaucoup de mal avec ça.  Après, c’est comme ça, on ne peut pas refaire l’histoire.  Mais c’est vrai que c’est quelque chose d’assez compliqué pour moi.  Et donc, j’ai réussi à tomber sur cette cousine et sur ma marraine qui m’ont raconté un peu l’histoire de leur point de vue à elle.

 Et ma marraine a eu des mots très doux pour ma maman en disant « Attention, c’est une femme,  ta maman. Ne la juge pas.  Il y a une histoire derrière tout ça. Ils étaient deux.  Elle n’est pas la seule à être responsable, entre guillemets.  »  Et donc ça m’a fait du bien quand même d’entendre des mots comme ça de l’autre côté et de voir qu’elle comprenait aussi ma souffrance quelque part.

 Et vous vous êtes interrogée sur qui était ce géniteur ?  Vous avez posé des questions ? Alors oui, oui, oui, j’ai posé des questions.  J’avais demandé à ma cousine qu’elle le mette au courant.  Donc maintenant, j’étais au courant. Vous vouliez le voir ?  Voilà, je voulais au moins avoir un contact, même si ce n’était pas physique,  téléphonique ou autre.

 Il a accepté ?  Et en fait, non, pas du tout. Ça, ça a été la deuxième étape.  Il n’a pas accepté ? Non, non, il a dit qu’il avait peur que j’en ai après son héritage.  Ça, c’est moche.  C’est moche. Encore une fois, je ne le juge pas lui, mais c’est moche à recevoir.  Voilà. Ce n’est pas une information très sympathique.

 Et donc, par la suite…  C’est un deuxième abandon, quoi. Voilà.  Donc, on se demande encore pourquoi. Encore une fois, je me dis…  Qu’est-ce que j’ai fait ? Voilà. On remet…  Je ne sais pas si c’est narcissique de dire ça, mais on se remet les choses…  Je ne suis pas aimable. Pourquoi ?  Pourquoi, encore une fois ? Pourquoi moi ?  Voilà, c’est ça.

 Et du coup, en fait, ce qui s’est passé, c’est que malheureusement, il est tombé malade par la suite.  Et je me suis sentie mal à l’aise de continuer cette démarche.  Je me suis dit, il est malade, il faut que tu le laisses tranquille, c’est une maladie assez grave.  Donc je me suis dit, tant pis, je vais laisser, on va se mettre en pause.

 Et malheureusement, il est décédé suite à cette maladie grave.  Et il s’avère que là, ce n’est pas gentil ce que je vais dire,  mais je n’étais pas triste qu’il soit décédé.  J’étais triste de me dire qu’il n’a pas fait une lettre, qu’il ne m’a pas téléphoné,  qu’il n’a pas fait le point avant de partir en revenant vers moi.

 Vous avez laissé avec tous vos interrogations. C’est ça. Vous lui ressemblez ?  Terriblement. Ce n’est pas de bol pour ma mère.  C’est que je suis un peu son portrait craché.  C’est pour ça aussi que je pense que j’ai un problème avec mon image aussi.  J’ai l’impression de me balader avec lui tout le temps.

 Vous avez quoi comme problème avec votre image ?  Je n’aime pas mon nez, par exemple, parce que je trouve que c’est un trait qu’il a,  lui. Le nez, les yeux.  J’ai l’impression de me balader avec lui.  Vous lui ressemblez plus à lui qu’à votre père de cœur.  Voilà, c’est ça.

 Cette impression que j’ai eue pendant très longtemps,  c’est de trahir mon père de cœur.  Rien qu’en parlant de mon géniteur, j’avais toujours cette sensation de le trahir,  en me disant, mince… Je le fais exister, alors que mon père, pour toujours,  c’est mon père. Voilà, c’est ça. Alors que j’ai un amour infini pour mon papa.  Mais ne serait-ce que m’interroger sur lui et poser des questions, c’est acquiescer le fait que c’est peut-être mon…

 C’est ça. C’est difficile. C’est compliqué. Et puis tout ça est avec des personnes qui sont parties,  parce que si votre père était là, ils auraient rassuré, je t’aime,  je sais, mais je t’aime plus que tout. Voilà, c’est ça.  Avoir affaire à des fantômes, c’est pas évident.  Voilà.  Le problème, c’est la notion de fantôme.

 Il y a une forme, finalement, on a l’impression, on ne sait pas où on va,  et on flotte parfois. Voilà, c’est ça.  Il y a ce besoin de…  Peut-être incompréhensible aux yeux de ma famille, mais d’identité en fait.  Ce besoin de trouver une identité.  Oui, je suis d’où je viens.

 Oui, parce qu’eux, ils peuvent dire, c’est bon,  t’as été aimée, t’as une belle vie, arrête d’aller fouiller, là où il ne faut pas aller fouiller,  d’ouvrir la boîte de Pandore, qui va peut-être tous nous bouleverser aussi.  Donc tu viens semer la zizanie. Alors que j’entends,  mais Yvonne, c’est surtout vous qui allez le dire, mais il y a une vraie quête intérieure et identitaire profonde qui dépasse totalement l’amour que vous avez reçu.

 C’est vraiment, quelle est mon histoire ?  La terre, elle est énorme. Et d’ailleurs, quand on a une révélation sur,  justement, le secret sur ses origines, eh bien, on est comme un archéologue.  On va toujours à la recherche de petits indices.  On n’est jamais, quelque part, en paix.  Parce qu’on cherche une place, aussi imaginaire soit-elle, mais on veut sa place,  on veut savoir. Et on n’arrête pas de réfléchir.

 On a une pensée comme ça, toujours.  Mais est-ce qu’à un moment, Yvonne, je vous pose la question, il faut, vous dites, on est archéologue,  parce qu’il y a toujours des fils à tirer.  Il y aura toujours des choses à aller tirer.  On peut remonter. Alors, la grand-mère…  Est-ce qu’il y a un moment où il faut savoir se dire, je m’arrête,  je crois que j’ai le puzzle principal.

 J’ai le puzzle, je sais qui est mon père.  Et maintenant, avec ce puzzle, avec cette pièce manquante,  je peux avancer. Je n’ai plus ce poids.  D’autant que vous avez une place et vous avez été accueillie dans la famille de votre père.  Donc c’est surtout cette place qui est importante à retenir.  Donc avec cette place, vous pouvez maintenant avancer et abandonner.

 Il faut lâcher.  On dit souvent lâcher prise, mais il faut arrêter effectivement de chercher pour trouver une forme de paix.  C’est un peu la démarche d’aujourd’hui, en fait.  C’est un peu le fait de venir, de raconter mon histoire.  Et ça s’appelle « Ça commence aujourd’hui ». Voilà, c’est ça.  C’est un peu de poser et puis surtout de rassurer quand même ma famille sur le fait que c’est pas du tout contre eux,  c’est pas malveillant. Non. Vous répétez beaucoup ça.

 Est-ce qu’ils vous en veulent ?  J’ai peur de ça, franchement.  Mais est-ce qu’ils vous le font ressentir ?  Il y a une petite émotion. En fait,  vous êtes… Votre famille va regarder cette émission.  Ils vont forcément être bouleversés par vos larmes parce que peut-être qu’ils,  sans s’en rendre compte, ils vous ont renvoyé cette image de tu viens bousculer des choses qui étaient apaisées,  finalement. Mais c’est très fort ce que vous expliquez.

 En fait, vous venez aussi leur dire que c’est pas contre eux, mais c’est pour vous.  C’est ça.  C’est une démarche très personnelle.  Je suis désolée. Non, non.  Mais Gwenelle, on révèle souvent quand on est aussi un petit peu en paix avec soi.  Parce que vous avez gardé ce secret pendant cinq ans et donc vous en êtes venue prisonnière.

 Et c’est un poids, ce secret. Et finalement, en le disant progressivement,  vous avez élargi votre famille.  Et maintenant, vous avez votre place au sein d’une grande famille.  Oui, c’est vrai.  Oui, et puis, ça ne paraît pas comme ça, mais je suis heureuse.  Non, mais ça se voit parce que vous rayonnez, en fait.

 Mais tout ce que vous expliquez, c’est extrêmement clair.  Mais en fait, vous êtes prêts aujourd’hui à vous dire, à l’approche de la quarantaine,  est-ce que je m’arrête d’aller fouiller, j’ai l’essentiel ?  Oui. Je peux me demander si vous allez sur la tombe de votre géniteur et de votre papa ?  Alors, les deux se sont fait incinérer.

 Mon papa, oui, j’ai l’occasion de le faire, mais mon géniteur,  je n’ai jamais eu l’occasion parce que ses cendres ont été dispersées.  Du coup, mon étape, ce serait d’aller dans le pays où il vivait pour,  je ne sais pas, comme clôturer, faire quelque chose qui fasse que je veux savoir si je sens quelque chose.

 Dans ce pays. Elle est sur cette terre.  Pays des odeurs. Voilà, c’est ça.  Que ça revienne. Que ça revienne. Et que finalement, ça ait servi à construire qui vous êtes.  Et ça va au-delà de l’histoire de tromperie, de tout.  Mais maintenant, qui je suis vraiment. Parce que j’ai des racines de cet homme-là que je ne connaissais pas.

 Je veux savoir les origines même de ma terre, de mon histoire personnelle.  Ça se transforme positif. Voilà, c’est ça.  C’est comme si j’avais pris le bon recul et que je regardais l’histoire d’une façon différente.  Et votre relation avec votre maman aujourd’hui, Gwenaëlle ?  Elle est bien. Elle est beaucoup mieux.

 Elle est plus apaisée. Après, j’espère qu’elle regardera l’émission et qu’elle verra à quel point je l’aime.  Malgré tout ce qui s’est passé, ça ne change rien.  Je suis toujours aussi fière de la personne qu’elle est.  C’est juste…  On a eu un petit moment de tornade.  Et est-ce qu’aujourd’hui, vous comprenez la femme qu’elle a été aussi ?  Ça, il faut du temps pour comprendre.

 Elle était tellement maman que du coup, on avait oublié le côté femme.  Et du coup, je la comprends.  Oui, je la comprends. Je comprends son choix aussi de m’avoir gardée parce que je suis formidable.  J’adore. Après, je comprends son choix.  Et avec plus de recul et de la maturité, c’est bien ce qu’elle a fait.

 C’était une histoire d’amour. Voilà. Vieillir, c’est aussi comprendre que ses parents,  en effet, ont été autre chose que des parents.  Cette chanson de Michel Sardou, La fille aux yeux clairs.  Exactement. C’est ça.

 Un jour, j’ai regardé une photo de ma mère jeune et j’ai compris qu’elle avait eu des amants,  qu’elle avait été une femme avant d’être ma femme.  Qu’elle avait été une femme.  Exactement. Et votre histoire, vous êtes née quand même, vous avez été conçue dans une histoire d’amour qui est assez extraordinaire et vous avez été aimée par un vrai papa.  C’est ça. Un papa. Donc finalement, vous avez eu double ration d’amour.

 C’est peut-être ça qu’il faut voir. Et une grande famille.  Oui, exactement. Oui, parce que vous avez été aussi très bien accueillie de la famille de votre géniteur,  donc ce sont aussi des cadeaux cachés.  C’est ça.  Et puis j’ai eu ma soeur qui m’a vraiment bien aidée, ma seconde soeur qui a été un support,  un vrai pilier.

 Et je pense qu’elle m’a permis aussi d’avancer plus sereinement à des moments où je vacillais un peu.  Vous avez un amoureux ? Oui, j’ai un mari que j’aime plus que tout.  Ah bah donc finalement, tout ça s’est bien remboîté.  Voilà, c’est ça. Là, tout est stable.  J’ai quatre super enfants, j’ai mon mari, j’ai tout ce qu’il faut en fait.

 Donc voilà, c’était juste…  Faire un point sur ce qui s’était passé et puis vous donner mes bagages en passant.  Écoutez, on les garde. On a tout un stock en coulisses.  On les garde, on sait très bien gérer ça. On garde ce secret.  On est gardien de vos secrets. Exactement.  Véronique, ça vous touche, l’histoire de Gwenaëlle ?  Oui, complètement. Parce que vous, ça date d’il y a très peu de temps, votre histoire.

 Il y a très peu de temps que j’ai appris, que le secret de famille s’est révélé.  C’était le 2 février, donc c’est vraiment très récent.  Mon père, qui m’a donc élevé et décédé en avril 2020,  je savais qu’à son décès, j’aurais, parce qu’il avait tout verrouillé,  il avait dit aux personnes de sa génération, qui étaient au courant de l’histoire,  de ne rien dire tant qu’il était vivant.

 C’est-à-dire, reprenez les choses depuis le début. Alors, depuis le début, il y a eu un couple,  Robert et Madeleine, qui se marient.  Vos parents ?  Alors, elle, Madeleine, c’est ma mère naturelle qui se marie.  Robert est militaire de carrière, donc voyage beaucoup.  Madeleine est une femme avant d’être une mère, je pense, c’est mon analyse personnelle.

 Donc va, vient, a beaucoup d’amants.  Et en fait, quand mon…  Mon père qui m’a élevé est en Algérie,  en guerre d’Algérie. Il apprend qu’un enfant est né.  Donc moi, Véronique, la quatrième de la fratrie,  il demande le rapatriement d’Algérie.  C’est la loi française.  Tout enfant né sous les liens du mariage est considéré comme étant du père.

 Et donc porte le nom du père. De lui, alors qu’il savait que ce n’était pas de lui.  Voilà. Mon père, avec ses principes et sa psychorigidité,  dit, cet enfant, je le veux.  Sauf que là, il découvre que sa femme a laissé ses trois premiers enfants à sa mère et est partie avec le bébé.  que je suis.

 Et il y a eu apparemment un procès un peu compliqué pour récupérer cet enfant,  qui était donc moi. Je ne sais pas, moi, j’avais 14,  15, 16 mois. Je ne sais pas ce qu’il en a été de ma vie à ce moment-là.  Je suis arrivée apparemment dans cette famille, je devais avoir 2-3 ans,  puisque le divorce a été prononcé, moi je suis née en 63.  Donc moi, Madeleine, je ne l’ai jamais connue.

 Je ne connais pas ma mère. Je ne sais pas à quoi elle ressemble.  C’est dur, déjà. Rien.  Et dans cette famille, j’ai commencé à grandir.  Et assez tôt, j’ai compris que je n’étais pas à ma place.  Mais quand je dis pas à ma place, c’est…  J’étais complètement… Je me sentais à l’écart.  Je me sentais différente. Il y avait trois enfants de père du couple.

 Et vous, vous étiez fruit de l’éjection.  Et ça, je ne le savais pas, en fait. Et en fait, à l’intérieur, j’avais toujours quelque chose qui pesait,  qui pesait. Et je ne comprenais pas.  J’étais agressive. J’étais en révolte.  Après, j’étais une enfant très gaie.  Je pense que je compensais.  pour me faire remarquer. Mais je ne savais pas ce qu’il en était.

 Et en fait, je grandis, mon père est toujours dans l’éducation,  de la droiture, on doit respecter les règles,  les valeurs. Il y avait quelque chose de dissonant en moi.  Parce que je pense qu’effectivement, en grandissant, ce que j’ai ressenti,  c’est que je disais, il ne me dit pas la vérité, il y a quelque chose qui ne va pas.

 L’intuition de quelque chose. Et vous lui demandez alors à Robert ?  Oui, à plusieurs reprises.  Je lui dis, mais comment ça se fait que je n’ai pas les yeux bleus de la famille ?  Parce qu’ils ont des grands yeux bleus magnifiques.  Vous sentiez que ce n’était pas votre clan ?  Non, je n’étais pas dans… D’ailleurs, en venant à l’émission, j’ai demandé à ma soeur l’autorisation de passer quelques photos.

 Et on en discutait.  Et quand on se retrouvait en famille, par exemple, dans la famille de mon père,  j’étais jamais là.  Il me cherchait parce que je m’isolais tout le temps.  Je me sentais pas à ma place. Jamais, jamais, jamais.  Et j’arrivais pas à l’expliquer.

 Quand je lui dis, mais je suis pas ta fille,  il me dit, tu portes mon nom, donc tu es ma fille, et on ne discute pas.  Mais ça, ça vous mettait la puce à l’oreille.  C’est pas une réponse. C’est une réponse. Quand j’allais voir mes tantes, mes oncles et tout, j’ai dit,  mais attends, qu’est-ce qu’il en est ?  Ton père nous a demandé de ne rien dire, tu le sauras à sa mort.

 Donc c’était à chaque fois des éléments qui me disaient que je n’avais pas complètement tort de ce que je ressentais à l’intérieur.  Vous devenez quelqu’un d’assez rebelle.  Vous vous mariez quand même ?  Oui, oui. On était jeunes.  J’ai rencontré mon mari, on était au lycée.  Et très, très amoureux. Il me disait, t’inquiète pas, je t’aimerais pour deux même si t’y arrives pas.

 Hyper mignon. Et il l’a fait.  On s’est connus en 77, on s’est mariés en 80,  donc ça fait 41 ans. Voilà un homme fiable dans votre vie.  Mon rock. Et du coup, à travers cette construction et le fait de rencontrer quelqu’un qui d’un seul coup prend soin de moi,  fait attention, est attentif, fait des tas de choses que je ne connaissais pas.

 Et qui me fait découvrir que je peux être quelqu’un de bien,  que j’ai beaucoup de valeur en moi.  Ça m’a vraiment aidée.  De notre union, j’ai eu un premier enfant.  Et en fait, ça a été le choc à la naissance.  Parce que d’un seul coup, on a ce bébé dans les bras et on se dit…  Comment ma mère a pu faire pour laisser 4 enfants.

 Donc ça, c’était la première chose qui m’a…  Comment elle peut vivre au quotidien comme ça.  Parce qu’elle est toujours en vie, votre mère ?  Oui. Vous savez où elle est ?  Non, pas vraiment. Parce que la première recherche que j’ai faite concernant ma mère naturelle,  ça a été dans l’intérêt des familles.

 Mais quand ils font ces recherches, c’est la personne qui décide si oui ou non elle accepte.  Donc moi, la première fois, de toute façon, la police m’a dit qu’elle refuse de vous voir.  Et donc, à travers une boîte postale, on a écrit.  Et là, le courrier, ça a été très clair.  Je ne comprends pas pourquoi vous cherchez à me contacter.

 Il est tard maintenant. Personne n’est au courant.  Entre guillemets, fichez-moi la paix.  Et donc voilà, c’est très compliqué.  Mais c’est encore compliqué parce que pour l’instant, vous ne savez toujours pas que votre père n’est pas votre père.  Juste une chose, j’ai remarqué que vous avez craqué, que vous en voulez de craquer pile poil au moment où vous vous êtes fait un compliment à vous.

 Oui, je pense que c’est ça.  C’est-à-dire que moi, je me suis construite depuis toute petite en me disant,  justement, je ne vais pas déranger, je vais être brillante.  C’est vrai que la scolarité, j’ai fait du sport à outrance.  Je ne serai pas un sujet. Je vais montrer que je peux être quelqu’un de bien.

 Et c’est vrai que j’ai pu quand même être…  me sentir fière de moi,  en fait, à la construction de ma famille personnelle.  Vous avez lavé tout ça et vous avez construit des bonnes bases, un mariage solide,  un homme bien. Mais ça, je ne savais pas.  On va faire un petit bond dans le temps.

 Donc, on est en avril 2020 et on a bien compris votre temps de vous dire,  tu sauras la mort de ton papa.  Il meurt donc, votre papa, en avril 2020.  Qui vous dit les choses après ? Est-ce que déjà vous, vous êtes dans l’urgence de savoir ?  Genre maintenant ça va, je veux savoir. Ou est-ce que ça vient à vous sans que vous ayez besoin de le dire ?  Non, non, c’est au décès de papa déjà, je me suis sentie libre.

 Parce que je n’ai pas appris que ça, en fait, par ma tante, dans les secrets de famille.  Donc, vous avez appris qui était votre père, déjà, première chose.  Alors, mon père, ma tante m’a dit que mon père Robert,  enfin, que celui qui m’avait élevé n’était pas mon père géniteur,  mais que le géniteur, ma mère naturelle, avait des amants et qu’à ce moment-là,  apparemment, ma tante était très délicate, m’a dit que c’était un marchand de patates sur le marché de Villeneuve-Saint-Georges.

 Qu’est-ce que je fais de ça ?  Elle me dit, non, non.  Franchement, je ne sais pas. Là, mon idée, c’est que je suis orpheline.  Je ne connais pas ma mère. Je ne connaîtrai jamais mon père.  J’encaisse. Au moins, on va passer à autre chose.  On va essayer d’être serein.

 Elle me dit, tu te doutes que Robert,  mon père,  Ma tante, la Monique, était mariée avec Pierre, le petit frère de Robert,  de mon père. Et effectivement, ils ne se ressemblaient pas du tout.  Et elle me dit, en fait, Robert n’est pas le frère de Pierre,  c’est son demi-frère. Ah, moi, vous m’avez perdu, les gars.  Alors, on reprend le film.

 Non, mais dites-moi ce que ça veut dire,  en fait. Ça veut dire de la répétition complète.  C’est-à-dire que la grand-mère, la mère de mon père, de Robert…  N’était pas ? En fait, si, c’était bien sa mère, mais elle a eu une première vie.  Elle a eu un premier mari.  Elle a eu Pierre. Non, non, non.  Elle a eu un premier mari où elle a eu un fils qui s’appelle Jean.

 Et elle l’a abandonnée en étant enceinte.  Elle est partie, elle s’est retrouvée enceinte.  Elle a trouvé un homme qui s’appelait François, qui l’a épousé et qui a reconnu cet enfant,  mais qui n’était pas son fils.  Donc le père de Robert n’était pas son père. Voilà.  Donc on est dans la répétition.

 Et ensuite, sa mère a eu un enfant avec ce fameux François,  qui est donc Pierre. Et moi, toute mon enfance,  j’étais très proche de cet oncle Pierre.  Mais en fait, je comprends aujourd’hui pourquoi.  C’est ce que vous étiez tous les jours, tous les deux un peu illégitimes,  vous avez été abandonnés. C’est fou cette répétition.  Alors, il est vrai que quand un secret reste comme ça, tapis dans une famille,  on a tendance à répéter.

 Et la répétition est toujours là pour vous dire, attends, il y a du sens,  et pour essayer de trouver la vérité.  Parce que la vérité, quand elle n’émerge pas, eh bien, il y a les scénarios qui se répètent.  Et Robert a répété avec vous exactement la même situation que lui a vécue.  Et en fait, c’était ça.

 Et je me suis rendue compte après, je me disais,  il a fait ce qu’il a pu.  Moi, je n’en ai jamais voulu à mon père, à Robert, en me disant quand même…  J’ai assez vite réalisé, de façon inconsciente puis consciente,  qu’élever l’enfant de l’adultère de sa femme,  ça n’a pas dû être simple tous les jours. Et mes frères et sœurs aînés,  moi, ma sœur, quand on a discuté, en fait, en faisant l’émission, parce que je les ai prévenus,  elle m’a dit, mais nous, on a toujours su, notre mère nous a laissés,  et elle t’en nettoie, et papa n’était pas là.

 Ma sœur aînée, elle a toujours compris ça.  Mais elle n’a jamais vraiment dit les choses.  De temps en temps, il y a sûrement des choses qu’elle a essayé de me dire, mais que je ne pouvais pas entendre.  Mais du coup, le fait du décès de mon père a libéré beaucoup de choses.  C’est important d’envoyer ce message à ceux qui nous regardent, qui sont peut-être porteurs de ce secret.

 Il faut toujours parler.  Ou pas ? On ne peut pas obliger quiconque à parler.  Mais on ne peut aussi ne pas l’entendre.  Néanmoins, quand un secret porte sur les origines, il est important de le dire.  Mais sa révélation peut avoir un effet dévastateur,  comme on a vu chez Guénaël.

 Mais néanmoins, après coup,  c’est libérateur. On se sent libre et léger.  On ne peut pas… Mais est-ce qu’on ne donne pas le fardeau aux plus jeunes ?  Si, mais ça empêche effectivement la répétition.  Au moins, ils ont des réponses. Oui, ils ont des réponses.  Et ça, surtout, ça empêche la répétition sur les générations,  sur les descendants.

 Et on n’est jamais trop jeune pour entendre cette vérité ?  Alors, généralement, il faut le dire très jeune.  Parce que comme ça, on grandit avec cette information.  On grandit avec cette information et la personne qui avait le secret est libérée.  Donc, ça ne soigne plus, si vous voulez.  Oui, ça ne soigne plus. Ça, c’est intéressant.

 Je voudrais qu’on écoute maintenant aussi l’histoire de Manon qui nous écoute avec beaucoup d’attention puisque…  Vous êtes dans quelle configuration par rapport à nos invités,  vous Manon ? Je suis l’enfant caché.  Vous êtes l’enfant caché ? Je suis l’enfant caché.  Moi et mon papa n’est pas décédé.  Je connais très bien mon père, je le côtoie.

 Alors attendez, vous connaissez bien votre géniteur et vous connaissez bien celui qui vous a…  Il y en a un qui vous a élevé et un qui est votre géniteur ?  Ma mère m’a élevé.  Tout seul ? Tout seul. Et vous êtes l’enfant caché, vous êtes le fruit d’un amour illégitime ?  Oui.

 C’est-à-dire que c’est votre papa, vous l’appelez papa ou géniteur ?  Oui, je l’appelle papa. Donc c’est votre papa qui était marié ?  Mon papa est marié. Il est toujours marié mais pas avec votre maman ?  Voilà, il est toujours marié, il a trois enfants avec sa femme.  Et moi. On va reprendre les choses depuis le début.  C’est une histoire d’amour ? Oui. C’est une histoire passionnelle, illégitime et passionnelle.

 On est un petit peu dans l’histoire. Votre mère était donc la maîtresse.  Et toujours la maîtresse aujourd’hui ?  Oui et non. Parce qu’il n’y a plus d’amour.  Ma mère n’a plus d’amour envers mon père.  Mais elle se côtoie toujours parce que mon père a fait une parole qu’il tient,  la seule, c’est qu’il nous aiderait toujours financièrement.

 Il se voit sur un aspect financier.  Alors attendez, je fais rewind. Donc, il s’aime, c’est sa maîtresse,  il se tombe amoureux. Au bout de combien de temps vous arrivez, Manon, dans cette histoire ?  Une petite année. Votre maman se pose la question de vous garder ?  Non, parce que c’était voulu.  Parce qu’à la base, mon père devait quitter sa femme.

 Ah, donc il lui disait, je vais quitter ma femme.  Sauf qu’il ne l’a pas fait. Il lui a dit pendant combien de temps ?  Pendant cette année, en fait. Toute cette année ?  Pendant longtemps, jusqu’à pas très longtemps.  Ah, c’est-à-dire que même après votre naissance, il continuait à dire,  je vais quitter ma femme, laisse-moi le temps.

 Exactement. Sauf qu’il ne l’a pas fait. Il ne l’a jamais fait.  Donc en fait, il s’est installé dans une double vie, avec à la maison les trois enfants et sa femme,  et dans une autre maison, vous et votre maman.  C’est ça. Et alors, vous vous voyez, il venait vous voir régulièrement ?  Mon père, je le voyais tous les jours, une heure par jour.

 Donc de 20h à 21h.  À 21h, il était parti.  Mais il y avait cette régularité absolue.  Exactement, tous les jours. Donc vous avez quand même créé une relation avec lui,  même s’il partait. Oui, mais conflictuelle.  Parce qu’il partait, et frustration, et pourquoi il partait.  Et vous expliquez, votre mère vous a expliqué les choses très vite ?  Non, non, non. C’est moi qui a posé la question.

 Je devais avoir 6 ou 7 ans. Je dormais encore avec ma maman.  Et je lui ai dit, mais pourquoi papa il part ?  Pourquoi il n’est pas là ?  Pourquoi il est…  Pourquoi j’ai pas un papa comme les autres à la maison ? C’est ça, pourquoi il vient pas me chercher à l’école ?  Pourquoi ci, pourquoi ça ? Et donc là, ma mère m’a avoué la vérité.

 Donc très tôt. Et alors comment vous avez reçu cette information à 7 ans ?  Je n’ai plus le souvenir de la réaction que j’ai eue.  Par contre, quelques temps après, j’ai eu une espèce de haine qui est montée envers mon père,  puisque je n’accepte pas ce qu’il fait.  Ah là, vous parlez au présent. Vous avez dit j’ai eu une haine, mais je n’accepte pas.

 Vous continuez à ne pas accepter.  Je n’accepte pas. Avant comme maintenant.  Donc à l’époque, il y a une colère qui est née, énorme.  Et vous avez continué à le voir pendant une heure par jour ?  Oui. Pas de vacances, pas de week-end ?  Pas de vacances, pas de dimanche.  Mais le samedi, oui. Le samedi, de temps en temps.

 Parce que comme il travaille dans un commerce, c’était…  Par rapport à son boulot, c’était des fois le samedi.  Et quand on a de la haine, on a de l’amour aussi ?  Oui. Je l’aime autant que je le déteste.  C’est joli de dire ça. Mais vraiment.  Alors, il ne le sait pas. Je ne lui dis pas.  Mais je l’aime autant que je le déteste.

 Il va le savoir, là. Peut-être.  Vous ne lui dites pas que vous l’aimez ? Non. Et vous ne lui dites pas que vous le détestez ?  Si.  Je lui ai dit. Je lui ai fait comprendre.  Il va peut-être être touché d’entendre que vous l’aimez aussi.  Peut-être. Il va peut-être être touché que je ne comprends pas ses actes et ses gestes et ses paroles.

 Parce que pendant combien de temps il a dit à votre maman qu’il allait quitter sa femme ?  Honnêtement, j’ai pas vraiment de…  Enfin, ça se compte en des années, en fait. Ouais, c’est ça.  Il y a beaucoup d’années. 10 ans, 15 ans, il lui a dit…  Une quinzaine d’années.

 Et votre maman, il y a toujours cru ?  Elle y croit encore. C’est vrai ?  Elle est toujours amoureuse de lui ? Non, plus maintenant.  Je sais pas. Pour moi, il n’y a plus d’amour.  Parce que, voilà, il n’y a pas de relation.  Il se voit, c’est souvent des disputes.  Mais…  Elle y croit au fond d’elle. Je suis sûre qu’elle y croit encore.  Vous connaissez sa femme, sa vie ? Vous avez été curieuse d’aller voir ?  J’ai fouillé. J’ai fouillé un petit peu il y a peu de temps.

 Parce que ce secret, il commence vraiment à poser.  Ça commence à être compliqué, mon papa est âgé.  Et je n’ai pas envie d’être la personne, pendant leur deuil à elle,  je n’ai pas envie d’être cette personne qui va leur détruire leur deuil.  C’est fort ce que vous dites, parce que c’est très généreux de dire ça même,  de dire je ne veux pas les abîmer au moment où ils perdront leur père.

 Parce qu’eux, ils ne savent pas de votre…  Donc vous avez la responsabilité sur vos jeunes épaules, votre jeune maman d’ailleurs,  Manon. J’ai vu votre fils qui est magnifique.  Vous avez la responsabilité de savoir tout, la vérité.  Sans rien dire. Et de pouvoir potentiellement détruire une famille en fait.

 Exactement. D’un homme que vous aimez.  Mais que vous détestez. Et j’imagine que de temps en temps, ça doit vous démanger.  De se dire, moi, il m’a abîmée, il n’est jamais là, moi aussi, je vais abîmer sa vie.  Sauf qu’ils n’ont rien dit. Je lui faisais du chantage.  C’est-à-dire ? Quel genre de chantage ?  Mon papa est un petit peu aisé, entre parenthèses.

 Et quand il ne me donnait pas quelque chose que je voulais, je vais vous dire une bêtise,  j’ai voulu un cheval toute ma vie. Tant que je n’avais pas mon cheval, je lui disais,  si tu ne me le donnes pas, je vais aller voir ta famille.  Vous lui faites payer.  Et puis pardon, je vais donner la parole à Yvonne, mais vous avez aussi été un peu l’étendard de la vengeance de votre mère.

 C’est-à-dire peut-être que votre mère ne disait pas ça, mais vous, vous alliez…  Non ? Il y a un peu de ça aussi, Yvonne ? Oui, il y a effectivement, tant chez votre maman que chez vous,  une quête de légitimité.  C’est-à-dire que votre maman attend toujours qu’il soit à ses côtés,  qu’elle devienne éventuellement son épouse, et que vous, vous soyez sa fille légitime.

 Parce que ce que vous cherchez, c’est aussi comme Guénaël et Véronique…  votre place, votre légitimité auprès d’un père que vous n’avez pas.  Donc, il faut effectivement lui dire que vous l’aimez pour obtenir cette légitimité.  Parce que c’est au fond au père de dévoiler ce secret.  Parce que toute sa famille à lui est enfermée dans ce silence.

 Au nom de l’harmonie familiale qu’il veut préserver, il tait quelque chose de très important,  c’est-à-dire qu’il vous cache.  Et il tait votre existence. Donc je crois que ce n’est pas à vous de faire éclater la famille,  c’est de son vivant d’amener progressivement sa famille à connaître votre existence.

 Alors les scénarios, vous allez me les expliquer, mais en fait, moi ce que je trouvais, ce que je soulignais…  C’est que je me dis finalement, donne-moi ça ou je vais révéler à ta femme.  C’est plutôt un discours de votre mère. Et c’est fou que ce soit la petite finalement.  Elle est porteuse. C’est pour ça un peu porteuse de la revanche de votre maman.

 Et de la voix de sa mère. Et de la voix de votre maman.  Vous vous érigez pour défendre votre maman qui elle était une femme amoureuse et qui finalement a eu sa vie amoureuse un peu gâchée aussi.  Ou elle y trouvait son compte votre mère ? Dans ses visites quotidiennes ?  Je ne sais pas.

 Mais elle n’a jamais eu une autre histoire votre maman ?  Elle s’empêche. Mais c’est l’homme de sa vie.  Donc elle l’attend.  Elle s’empêche, puisque encore récemment, parce que je suis mariée,  avec mon mari, on lui a dit, mais trouve-toi quelqu’un, parce que du coup, elle vit toute seule.  Oui, elle a gâché sa vie amoureuse. Vous êtes là, donc ce n’est pas gâché.

 Et néanmoins, elle ne s’est pas autorisée à aimer quelqu’un d’autre, alors que lui est toujours avec cette famille.  Donc, qu’est-ce que vous envisagez aujourd’hui ?  Votre père est en train de prendre de l’âge. Vous vous dites, je ne peux pas lâcher ça au moment où ils vont être tellement tristes.  J’ai envie. J’ai envie de le dire.

 J’ai envie, mais je ne le fais pas pour protéger ma maman.  Mais en venant ici, quelque part,  C’est détourné. J’espère que quelqu’un verra peut-être une onde de ressemblance.  Je ne sais pas. Oui, c’est ça que je suis en train de comprendre.  Parce que je ressemble très peu à mon père.

 Vous ressemblez peu à votre papa ?  Oui, je ressemble beaucoup à mon père. Et est-ce que vous ressemblez à vos demi-frères et sœurs ?  Non.  C’est compliqué d’entendre que c’est vos demi-frères et sœurs ?  Vous les voyez comme ça ? Non, parce que je ne les vois pas du tout comme ça,  mais je sais que c’est mes demi-sœurs.  Je le sais.

 Donc vous espérez quelque part, en voyant cette émission, que quelqu’un va comprendre ?  Peut-être. Et que quelqu’un va dénouer ce secret pour vous ?  J’aimerais ne pas être cette personne qui va le faire.  Ah voilà. Donc effectivement, c’est à votre père, finalement,  de délier… Mais il ne le fera pas. Pourquoi il ne le fera pas ?  Parce qu’il est dans le déni.  Comment ça, le déni ? Il croit tellement à son mensonge.

 qu’il est dans le déni, c’est-à-dire si je vais lui dire, va le dire à ta famille,  il va fuir la discussion, il va partir, on va se prendre la tête.  Mais il sait qu’il a une double vie, il a compris, il n’est pas dans le déni de sa double vie.  Il est comme dans un rôle, je ne sais pas si on peut dire ça comme ça.

 Non, il est dans le refus de dire, donc il muselle votre parole et la parole de toute sa famille.  Oui, il veut aller au mensonge jusqu’au bout. Il veut aller au mensonge jusqu’au bout.  Et il a quel âge votre papa ?  72 ans.  Il n’est pas vieux non plus. Il a des problèmes de santé.  Il faut lui dire aussi que finalement, si vous arrivez à lui dire que vous l’aimez,  que finalement, délier sa parole,  vous présenter à ses autres enfants et faire en sorte que cette famille soit élargie,  si lui, il se délivre du secret, il sera beaucoup mieux.

 Il est peut-être encombré. Il va nous entendre.  Il va regarder l’émission. Je ne pense pas.  Mais vous lui direz de regarder ? Non.  Mais il sait que vous êtes là ? Non. Il sera en colère ?  Il serait peut-être pas en colère parce qu’il sait que je l’ai mal vécu tout ça.  Qu’est-ce que vous vivez mal Manon ? Est-ce qu’on a l’impression quand on est un enfant illégitime,  pardon de ce terme, mais c’est peut-être comme ça qu’on le vit, on se dit on est un peu bâtard ?  On est un peu chat de gouttière ?

 Oui et non parce que j’ai eu tellement d’amour du côté maternel,  donc de ma mère, de mon frère, de mes oncles,  de mes tantes, de mes cousins, que j’ai pas eu…  non. Alors pourquoi vous avez besoin que cette vérité éclate ?  Par rapport à qui ? Par rapport à eux.  Je me mets à leur place.

 Vous imaginez ?  Vous êtes en deuil. On vous dit coucou.  Je suis là. Mais au-delà de ça, vous pourriez décider de ne pas le dire en disant je ne vais pas bousculer cette famille.  Après tout, ce n’est pas ma vie. Non, parce qu’il y a quand même une part d’héritage aussi.  Parce que je l’aime et je veux des choses de lui.

 Et si je ne le dis pas, je n’aurai rien.  Et je ne le serai pas non plus.  Je n’aurai rien de lui. Vous voulez quoi de lui ?  L’argent ?  Non mais c’est très mal formulé.  Parce que derrière l’argent, il y a de l’amour, il y a de la transmission.  Je ne parlais pas argent, il y a une reconnaissance de la filialité.

 Non, pas forcément l’argent, mais des biens.  Par exemple, il faisait des courses de voitures à l’époque et il achetait trois voitures de sport pour  une de ses chaque fille. Et il y en a une quatrième.  En fait, vous voulez la reconnaissance officielle de votre papa.  C’est votre papa, en fait.  C’est l’amour de votre papa que vous cherchez.

 Et vous avez de la compassion par rapport au cataclysme que vous allez déclencher.  Est-ce que vous avez ouvert votre esprit à l’idée que peut-être, un, il soupçonne,  parce que peut-être sa femme se doute quand même de quelque chose.  C’est étonnant d’imaginer que pendant des années, elle n’ait absolument rien vu.

 Et qu’est-ce qui nous dit que ses demi-frères et demi-sœurs n’accueilleraient pas cet amour qui n’était pas prévu ?  Je me mets à leur place et je ne l’accueillerai pas.  Ah, c’est vous. Donc, vous êtes quand même habitée par une forme de désir tellement fort de légitimité que ça frôle une grande colère et un peu la vengeance.

 Vous êtes en colère, ça se voit que vous êtes en colère. Oui, ah oui, mais vraiment.  Moi, mon mari, déjà, c’est un miracle que je sois mariée et que j’ai des enfants,  mais il a eu du mal à ce que je lui donne ma confiance.  Même encore aujourd’hui, des fois, il faut qu’il me prouve parce que j’ai encore des petits moments de…

 J’ai peur qu’il fasse quelque chose.  Il a une double vie ? C’est ça. Et des fois, j’ai peur et il me prouve que non.  Donc ça, il est au courant, donc ça va, il me le prouve tous les jours.  Mais il a eu du mal.  Vous avez combien d’enfants ? Deux.

 Et est-ce qu’il les connaît, ses petits-enfants, votre papa ?  Bien sûr, bien sûr. Il s’en occupe ?  Pas vraiment. Quand je vais chez ma maman, qu’il est là et qu’il y a mes enfants…  Parce qu’il vient souvent, il continue à venir voir souvent votre maman.  Alors, jusqu’à mes 18 ans, c’était une fois par jour.  Et quand je suis partie, c’est une à deux fois par semaine.

 C’est une vraie double vie, quand même, cette histoire.  Une heure par jour, ce n’est pas beaucoup, mais néanmoins,  c’est une régularité absolue. C’est une vraie double vie.  C’est une relation. Vous avez du lien.  Il y a une relation, puisqu’il est venu à mon mariage.  Il vous a menée à l’hôtel ? Oui.  C’est dingue, ça. Et c’est les seules photos que j’ai de lui.

 Potentiellement, ce jour-là, il a dit à sa femme, j’ai une partie de golf,  et il a mené sa fille à l’hôtel.  C’est ça.  Alors, symboliquement, vous avez une reconnaissance de sa part,  vous êtes légitime parce qu’il vous a amené à l’hôtel, mais finalement,  vous n’êtes pas légitime.  dans son héritage. Vous voulez la voiture, la quatrième voiture.

 C’est symbolique. La quatrième voiture n’existe pas et n’existera jamais.  C’est une voiture très chère. Il ne va pas l’acheter.  Il me l’a dit, de toute manière. Et même, je me sens inférieure à ses filles.  Vous êtes moins aimée parce que vous n’avez pas la légitimité.  Vous n’avez pas la photo.  Vous êtes derrière. Tout ce que je fais, c’est toujours moins bien que ses filles.

 Et ça, il vous le fait ressentir ? Oui.  Oui, donc il y a le côté un peu bâtard, en tout cas lui, le faire sentir comme ça.  Juste une question, à votre mariage, tout le monde vous voit arriver, vous êtes nombreux à votre mariage ?  Oui, 100. Donc vous êtes une centaine d’invités.  Tout le monde vous voit arriver au bras de cet homme ?  Donc tout le monde comprend, là il y a écrit, c’est mon père.

 Et ça n’arrive absolument pas aux oreilles de sa vie officielle.  C’est fou, ça. Parce qu’avec Facebook, avec tout ça, tout se sait.  C’est incroyable. C’est incroyable.  Oui, les photos de famille où vous avez posé avec votre père.  Alors, il n’y a aucune photo de mon père sur mes réseaux sociaux, sauf une.

 Parce qu’il est de dos avec ma fille. Et cette photo, je la trouve magnifique.  Mais alors, du coup, vous respectez. Parce que vous pourriez décider de dire, j’appuie sur le bouton,  je mets une photo de mon père qui rentre à l’hôtel avec moi.  Mais je ne le fais pas parce qu’il y a une personne qui connaît sa famille.

 dans les personnes qui voient mes réseaux sociaux.  Donc vous respectez. Je respecte.  Mais vous êtes épuisée de respecter. C’est un poids.  Et d’où votre présence. Vous voulez vous libérer, mais vous ne voulez pas faire de mal.  C’est ça. Je ne veux pas être la personne qui va leur détruire leur vie finalement.

 Et est-ce que vous, vous avez le cœur ouvert à les aimer ?  Ou est-ce que vous leur en voulez d’avoir été dans leur ombre ?  Je ne sais pas. Je ne sais pas si je pourrais aimer mes demi-sœurs.  Les apprécier peut-être, mais les aimer, je ne suis pas sûre.  Je n’ai pas grandi avec elles, je ne les connais pas.

 Je connais juste ce qu’elles font dans leur vie parce que j’ai fouillé un petit peu,  mais c’est tout.  Qu’est-ce qu’on fait Yvonne de cette situation-là ?  Déjà, on ne révèle pas une sorte de secret comme ça quand on est en colère.  La colère et la vengeance, ce sont deux conseillères qui sont très très mauvaises.

 Donc c’est vrai que vous, il faut d’abord que vous soyez apaisé dans votre quête de légitimité et de place auprès de votre père.  Il faut lui en parler. Il faut parler à votre père de l’amour que vous lui portez et voir comment il va réagir.  Lui dire aussi que finalement, ce secret-là est trop lourd maintenant à porter pour vous et que vous ne voulez pas que ça se répète.

 Et lui dire aussi que si lui, finalement, il ose parler,  il sera aussi libéré. Il faut lui parler de l’effet libérateur de la révélation du secret.  On a essayé avec ma mère. On lui a présenté plusieurs fois un papier de reconnaissance qu’il ne l’a jamais signé.  Jamais. Et pourtant, il le voyait tous les jours.

 À sa place ? Peut-être qu’il ne comprend pas ce côté, je veux cette part d’héritage moral,  même cette voiture, entre guillemets, tout ce que ça représente, peut-être que c’est ça.  Non mais je crois qu’il veut aussi coûte que coûte garder l’harmonie familiale,  sa famille, je veux dire, c’est l’image.

 Ses deux amours, ses deux pôles, il s’en ira avec.  Il s’en ira avec. Mais je serai là.  Et est-ce que vous ne vous dites pas, j’attendrai sa mort et après ?  Peut-être même après le deuil ?  J’aimerais.  Mais apparemment, je suis sur le testament. Apparemment.  C’est ce que j’allais… Apparemment.  Ah, donc ils vont peut-être le découvrir devant notre père.

 Pour moi, toutes les paroles de mon père sont un mensonge.  Toutes. Donc quand il me dit que je suis sur le testament, je ne le crois pas.  Alors là, il faut peut-être un peu plus lui faire confiance parce qu’il est vrai que vous pouvez être sur son testament.  Et il vous aime, votre père ? Oui. J’espère.

 Non, non, il vous aime. J’espère.  Il est très torturé, peut-être, et divisé,  mais il aurait été presque, s’il ne vous aimait pas ou qu’il n’aimait pas votre mère,  vous ne le connaîtriez même pas, en fait. Il aurait balayé ça d’un revers de main.  Beaucoup d’hommes le font aussi. Je pense qu’il m’aime.

 Oui.  Il a été stable dans son instabilité, votre père.  Il a été d’une régularité terrible dans l’amour qu’il vous porte.  Oui, ben oui. Et puis l’acte de l’emmener au mariage, c’est…  Ça, c’est fort. C’est une reconnaissance officielle.  Je pense, encore une fois, c’était pour se racheter d’une erreur qu’il avait faite quelques temps avant.

 D’accord. Juste avant, il y avait les un an de ma fille.  Il devait venir. À 19h, il m’a dit qu’il venait pas.  Il était à Poitiers ou je sais pas quoi.  Au final, il était avec sa famille. Je le suis par la suite.  Et quelques temps après, je me marie, je me dis peut-être qu’il a voulu se racheter,  entre parenthèses. Se déculpabiliser.

 Vous nous direz si cette émission fait avancer les choses, parce que j’ai bien compris que vous veniez ici.  Je viens ici surtout pour dire aux autres qui sont dans la même situation que moi,  qui ne sont pas seules. Parce que quand j’étais petite, j’étais seule.  Et j’ai grandi seule. J’ai grandi avec ce secret.

 Et je ne pouvais pas en parler. Et quand mes copines et mes lieux,  ton papa…  Je sais, mais je ne sais pas. C’est dur de porter ça toute seule.  Je sais, mais je ne sais pas. Mais il y a eu quand même l’amour d’un père.  Ça est très compliqué. Et de votre mère.  Et d’une belle histoire d’amour comme chez vous,  Gwenaëlle. Vous êtes née d’une histoire d’amour.

 C’est ça. Et qui dure depuis 20 ans.  Merci en tout cas de cette confidence, de cette rage de vivre qu’on sent chez vous.  Cette rage d’avancer. Vous êtes toute jeune, j’espère que vous allez trouver la paix.  Vraiment, vous le méritez. Mon mari fait en sorte que je la trouve.  Et vos enfants, merveilleux. Oui, bien sûr.

 Et pour vos enfants, il faut la trouver.  Oui, parce qu’il ne faut pas leur transmettre ça. Il ne faut pas transmettre.  Quand ma fille l’appelle papy, c’est papy.  Très bien. Voilà. Je rappelle le titre de votre livre.  On arrive au bout de cette émission. Secrets de famille, ces silences qui nous gâchent la vie.

 Je pense qu’on a eu trois illustrations aujourd’hui.  Parfait. En tout cas, qui nous font avancer.  Et puis, il faut savoir mettre un terme à ces secrets.  Et parfois, chez nous, ça ne se dit pas.  C’est vrai. Merci beaucoup. Merci à toutes les trois pour votre courage aussi de venir sur ce plateau nous raconter vos histoires et le puzzle si compliqué de vos vies.

 Et on embrasse vos maris, parce qu’ils ont l’air formidables, les trois.  Merci à vous, en tout cas, d’être fidèles à France 2.  Vous pouvez retrouver cette émission sur France.tv.  On se retrouve dans quelques instants, et puis également demain pour un nouvel inédit à 13h50.  Je vous embrasse. Merci d’être fidèles à Ça commence aujourd’hui.

 À tout de suite. Vous aussi, venez témoigner dans Ça commence aujourd’hui.  Alors que vous étiez tout jeune, vous avez mal tourné, vous portez aujourd’hui un bracelet électronique.  Après avoir enfreint la loi, vous avez été condamné à porter un bracelet électronique et votre vie de jeune adulte a changé du tout au tout.

 

 

Disclaimer: This story is fictional and created for entertainment purposes only. Any names, characters, places, or events are fictitious or used fictitiously. No real person or organization is intended to be portrayed.

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